Ad Solem

  • Considérée autrefois comme un ensemble de formules à respecter scrupuleusement, la liturgie a été progressivement replacée par le mouvement liturgique, entre 1920 et 1963, dans le cadre plus vaste de la célébration du mystère pascal - passion, mort et résurrection du christ -, qui englobe non seulement (individu mais toute l'eglise, toute la société, tout l'univers, dans le grand mouvement qui fait passer les hommes et le monde de la mort à la vie dans le mystère de pâques.
    Ce " recentrement " de toute chose dans le christ est la marque propre du renouveau liturgique voulu par le concile. tout au long des chapitres de ce livre, le cardinal ratzinger aborde les différents aspects de cette christologie liturgique : disposition de l'autel, orientation de la célébration, place de la croix, gestes, participation des fidèles, langues, chants, rites etc. a cette aune, il mesure aussi les déviations liturgiques, théoriques et pratiques, qui ont contribué à réduire la célébration des mystères sacrés à une " auto-célébration " de (assemblée liturgique.
    L'esprit de la liturgie est une " somme " de théologie liturgique. c'est aussi un livre-programme. intentionnellement, le cardinal ratzinger a donné à son livre le même titre que celui de romano guardini, qui en 1918 lança le mouvement liturgique, dans l'espoir que l'esprit de la liturgie donne naissance à un mouvement qui corrige les insuffisances de la réforme de la liturgie catholique.

  • Le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine est curé de l'église des Réformés, à Marseille. En quelques années, il a transformé une église moribonde en une des paroisses les plus fréquentées de Marseille. La foule se presse le dimanche pour assister à la liturgie, pour prier, adorer, vivre des sacrements et faire rayonner la lumière du Christ autour d'elle.
    Les conversions se multiplient, les vocations aussi, et les non-chrétiens franchissent les portes de l'église pour découvrir quel mystère se cache dans ce lieu. Comment expliquer un tel phénomène dans une société que l'on dit immunisée du besoin de la transcendance ? Dans une Église dont on stigmatise les faiblesses et prédit constamment la disparition ?
    Le père Zanotti-Sorkine répond à toutes ces questions, et à bien d'autres encore, dans ce livre-entretien.
    Après l'évocation de sa jeunesse, de ses parents, de la naissance de sa vocation et de son épanouissement, au milieu de l'univers artistique à Paris, dans la vie religieuse puis dans le clergé séculier, il dévoile ce qui est pour lui le secret de son ministère : pas de « plan pastoral » ni de discussions sans fin, mais le primat de la prière, de la présence du prêtre dans son église, la fidélité aux sacrements, l'attention à la beauté de la liturgie dans ses deux formes, à la dignité de tout ce qui touche à Dieu. Beauté et vérité sont mises ensemble au service de la sainteté dont le prêtre doit éveiller le désir, par son attitude, par son habit aussi. Et derrière tous les moyens mis en oeuvre pour servir l'Église, on trouve la présence discrète et forte à la fois de Marie, à qui le père Michel-Marie a confié la fécondité de son ministère, et toute sa vie.
    Un livre exceptionnel.

  • Ces Trois entretiens sur la guerre, la morale et la religion constituent le dernier livre de Vladimir Soloviev (publié peu de temps après sa mort, en 1900). On peut à juste titre y voir le testament philosophique, politique et religieux de celui qui a sans doute été le plus grand penseur russe du XIXe siècle. Trois protagonistes : un Général, un Homme politique et Monsieur Z (alias Vladimir Soloviev), personnifications des vérités du passé, du présent et de l'avenir, s'opposent dans un dialogue très vif au représentant de l'erreur sous toutes ses formes qu'est le Prince (disciple de Tolstoï et à ce titre agent d'une confusion mentale et spirituelle qui en fait un précurseur de l'Antéchrist). A travers ces trois entretiens , Vladimir Soloviev montre le caractère indispensable de l'Etat, de la culture, de l'Eglise - du progrès et des institutions humaines en général - au moment où une lumière crépusculaire commence à descendre sur les valeurs qui formaient la civilisation occidentale. Au fil d'un dialogue où s'entremêlent admirablement gravité et humour, la courtoisie des échanges se voit perturbée par le sentiment d'une menace diffuse, qui altère la limpidité de l'atmosphère. Un temps s'achève. Un autre commence, prélude à ce temps de la fin des temps (le nôtre ?) que décrit en conclusion le Court récit sur l'Antéchrist, où face à la persécution que l'Antéchrist a déclenchée contre les chrétiens du monde entier, les représentants de l'Orthodoxie (le moine Jean) et du Protestantisme (le pasteur Paulus) prennent refuge auprès du pape Pierre II, qui scelle dans le martyre le retour à l'Unité des communautés chrétiennes divisées.

  • Depuis plusieurs siècles, l'église en est venue à ne plus avoir que la " garde des âmes ", laissant les corps au soin de l'état.
    Dans la société moderne, la mission du chrétien se cantonnait désormais à " spiritualiser " les structures de la vie politique et publique. cette mission a été notamment exposée par les partisans de la " chrétienté profane ", inspirée par jacques maritain. or, cette théorie n'envisageait guère l'éventualité d'un temps de persécution où il faudrait que l'église, corps du christ, résiste " corporellement " : où des catholiques, fidèles à l'état, puissent être impliqués contre d'autres catholiques, jugés infidèles, comme ce fut le cas au chili sous le régime de pinochet.
    Résidant au chili dans les années 1980, william cavanaugh a été témoin de ce régime de terreur, du caractère " rituel " de la pratique de la torture par l'état, en une simiesque liturgie de mort, et de l'inefficacité de la hiérarchie de l'église chilienne, formée à l'école de la " chrétienté profane ", face à cette persécution menée par des catholiques contre des catholiques au nom de l'état. revenu aux états-unis, où il enseigne la théologie, william cavanaugh a voulu montrer comment, progressivement, l'église a su faire échec à la politique de mort de la junte militaire.
    à la fois témoignage vécu et réflexion théologique, ce livre exceptionnel jette une lumière radicalement nouvelle sur les événements du chili, sur les impasses d'une certaine ecclésiologie, et sur les défis que va bientôt devoir relever l'église d'occident si elle veut retrouver sa place légitime dans la cité des hommes.

  • Les sermons et leçons sur l'Ecclésiastique, traduits ici pour la première fois en français, constituent la source principale de l'enseignement de Maître Eckhart sur l'analogie. Ils sont aussi l'un des meilleurs exemples d'une prédication authentiquement dominicaine.

    Comment annoncer la vérité ? Eckhart répond simplement : « Le prédicateur du Verbe de Dieu ne doit pas à lui-même d'être ou de vivre, mais au Christ qu'il prêche, selon les paroles de Gal 2 : je vis, moi, non plus moi, mais le Christ vit en moi. De sorte que le prédicateur puisse dire ces paroles de Jean 7 : Mon enseignement n'est pas mien, mais il appartient à celui qui m'a envoyé. Telle est la chose qui est requise du prédicateur. »

  • Comme professeur au contact des interrogations de ses élèves, puis expert témoin des débats conciliaires, ou encore préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi sous saint Jean-Paul II, Joseph Ratzinger a toujours été attentif au caractère pastoral des enseignements doctrinaux. Ce sens dérivait d'un seul désir : veiller à ce que les fidèles conservent leur regard libre pour demeurer tourner vers le Christ. C'est dans cet esprit que Joseph Ratzinger (comme théologien, cardinal et pape) a abordé la question de la liturgie : à partir d'un point de vue situé en amont des dialectiques qui ont opposé le Missel de saint Pie V et du bienheureux Paul VI. Ce livre recueille ses principaux textes sur la question de la forme extraordinaire de la liturgie latine. Par son Motu proprio Summorum Pontificum de 2007, on peut dire que Benoît XVI est l'architecte du renouveau du missel tridentin. Il lui a attribué un nouvel usage et en a précisé le statut juridique. Au moment où l'intérêt grandit pour la forme extraordinaire, il peut être utile de rappeler que pour Benoît XVI, la liturgie ne se réduit pas à une science historique pour spécialistes des rubriques. La forme extraordinaire donne accès avec son génie propre au mystère du sacrifice du Christ qui s'offre au Père pour le Salut du monde. La liturgie est une oeuvre de communion entre Dieu et son peuple. C'est aussi un lieu d'évangélisation où, à travers des signes visibles par tous, se déploie le mystère chrétien : point de rencontre de l'homme avec son créateur et des hommes entre eux autour du Christ. C'est aussi à (ré)intégrer le missel tridentin dans la mission d'évangélisation à laquelle nous appelle le pape François que contribue heureusement ce livre.

  • Avec la béatification de John Henry Newman par Benoît XVI en septembre 2010, la nécessité s'impose d'une introduction simple à la pensée du grand converti d'Oxford.
    Ce livre veut y répondre en abordant les questions auxquelles Newman fut confronté dans sa recherche de la vérité: le rôle et la nature de la conscience, son lien avec l'enseignement de l'Église, le développement de la doctrine à travers le temps, la rationalité de l'acte de foi, l'importance de la culture. En exposant ces différents thèmes, le cardinal Honoré a toujours soin de ramener la pensée de Newman à ce désir du "face à face" avec Dieu qui est au coeur non seulement de l'oeuvre de Newman, mais aussi de sa spiritualité.
    Véritable biographie intellectuelle et spirituelle, cette introduction permet au lecteur français de découvrir la figure d'un nouveau saint, qui est aussi, sans doute, un futur docteur de l'Église.

  • La mondialisation : opportunité pour la nouvelle évangélisation, ou caricature de la catholicité de l'Eglise ? Afin de répondre à cette question, William Cavanaugh remonte à l'origine de l'Etat-nation, au moment où, dit-on, les guerres de religion, au XVIIe siècle, obligèrent les Etats à s'arroger le rôle d'arbitres entre les différentes confessions chrétiennes pour préserver la paix civile. En trois chapitres, ce livre démontre qu'en réalité les guerres de religion n'ont pas créé, mais accompagné le développement de l'Etat tout-puissant. Sous prétexte de paix civile, les théoriciens de l'Etat moderne, notamment Hobbes, Locke et Rousseau, ont relégué la religion dans le domaine privé, créant ainsi un espace public « neutre », d'où tout discours théologique est exclu. Au terme de ce processus, l'Eglise, Corps du Christ, est aujourd'hui réduite au rang d'un membre de la société civile, dans un monde toujours plus homogène et uniformisé. A l'encontre de ce simulacre de catholicité, William Cavanaugh montre que seule la redécouverte de la dimension politique de la liturgie eucharistique, impliquant un autre espace et un autre temps, offre une alternative, un moyen de résistance aussi, au totalitarisme politico-économique connu aujourd'hui sous le nom de mondialisation.

  • Le livre du Père Michel Gitton arrive à son heure.
    Loin de toute polémique, il entend servir le peuple chrétien et plus directement les principaux acteurs de la liturgie à célébrer le Seigneur comme il convient. Ce n'est pas un cérémonial minutieux, même si tous les gestes sont expliqués et mis en perspective. Ce n'est pas une oeuvre théologique, même si la théologie éclaire les multiples aspects de la pratique liturgique la plus concrète. C'est, comme le titre l'indique, une initiation à la liturgie romaine restaurée.
    En ce sens, l'ouvrage est à fortement recommander aux séminaristes, aux membres des équipes liturgiques de nos paroisses, aux prêtres soucieux de toujours mieux comprendre et vivre ce qu'ils célèbrent. Parmi les chapitres du livre, celui sur Les accents mis par Vatican II est particulièrement important pour découvrir le " recentrement sur l'essentiel ". Puissent ces réflexions nous aider à mieux vivre la réforme liturgique du concile Vatican II, ce qui facilitera quelque peu l'unité à l'intérieur même de l'Eglise catholique ! Quant au dernier chapitre, Aux sources vives de la Liturgie romaine, il révélera à ceux qui en doutent à quel point la liturgie romaine restaurée s'enracine profondément dans la Tradition de l'Eglise.
    Tout lecteur ne pourra que vouloir répondre à l'objectif fixé par l'auteur : " rendre à la liturgie romaine sa beauté et sa cohérence pour la gloire de Dieu et le salut des hommes. "

  • Procédant de toute éternité dans le sanctuaire de la divinité, le Fils et l'Esprit procèdent aussi dans le temps de notre monde, par un pur don gratuit, pour nous donner de rejoindre le Père. Comment saisir un tel don, autant que notre intelligence en est capable ?

    La pensée humaine ne saurait pleinement comprendre le don de Dieu. Pourtant, une explication sera plus juste qu'une autre, plus conforme à l'enseignement de la foi, mieux adaptée aux exigences de notre intelligence, plus respectueuse des conditions humaines de l'accueil de Dieu. Saint Thomas invite à l'humilité et à la vérité. Sa doctrine spéculative éclaire l'expérience spirituelle offerte à toute vie chrétienne : le beau livre de Camille de Belloy nous en montre la grande valeur.

  • "Les Pères m'ont fait catholique." Cette confidence de Newman trouve son écho dans la série d'essais sur les Pères qu'il écrivit au cours des années 1830.
    En retraçant la vie et la personnalité de Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze, Antoine le Grand, saint Augustin, Jean Chrysostome, Newman s'inscrit dans la lignée des humanistes chrétiens qui, depuis le XVIIe siècle, ont restitué le visage concret des Pères de l'Église primitive. Mais à la différence d'un Tillemont, ou d'Edward Gibbon, Newman ne fait pas seulement oeuvre d'historien. Ses portraits des Pères sont des esquisses théologiques.
    Au regard historique et théologique du grand universitaire d'Oxford s'ajoute alors cette vision eschatologique, qui est le trait propre de Newman quand il regarde l'histoire et son déroulement. Newman voit son époque entrer dans ce qu'il pressent être un " temps d'apostasie générale". S'il se tourne vers les Pères, c'est pour donner à ses contemporains, et aux générations qui viendront après lui, les modèles d'une vie chrétienne plongée dans un monde où, comme celui des premiers Pères, les valeurs chrétiennes n'ont pas droit de cité.

  • Ces vingt-trois Méditations sur la doctrine chrétienne sont extraites d'un livre que le cardinal Newman laissa inachevé à sa mort. Elles peuvent être considérées comme le couronnement spirituel de la réflexion à la fois théologique et philosophique poursuivie dans l'Essai sur le développement de la doctrine chrétienne et dans la Grammaire de l'assentiment. En méditant sur les grands thèmes de la doctrine chrétienne - la Trinité, l'Incarnation, les mystères de la vie du Christ, l'Eucharistie, etc. - Newman ne veut plus ici analyser ou défendre la foi de l'Église, mais simplement contempler, rendre grâce pour l'oeuvre de la miséricorde divine, dans un coeur à coeur intime avec Dieu. On retrouvera également dans ces méditations les thèmes principaux de la spiritualité newmanienne : la voix de la conscience, Dieu et l'âme, la sainteté plutôt que la paix, qui placent Newman parmi les grands auteurs spirituels de l'Église.

  • Il se dit beaucoup de choses sur Dieu.
    On est parfois effaré de cette pléthore de mots qui n'atteignent pas jusqu'à lui. Jésus parle bien de Dieu parce qu'il parle d'auprès de Dieu, depuis Dieu. Simple écho du Fils unique qui fait pour nous l'exégèse de Dieu, la théologie ne devrait pas avoir d'autre projet que de parler, elle aussi, non seulement sur Dieu, mais depuis Dieu, dans une sorte d'homogénéité constante avec son mystère. En ce sens, toute vraie parole théologique est poétique et eucharistique.
    Ce nouveau livre du père François Cassingena-Trévedy est comme un offertoire. Culture et culte s'y rencontrent dans une méditation sur le langage qui s'achève sur la lecture de deux oeuvres emblématiques : La messe là-bas, de Claudel, et La messe sur le monde, de Teilhard de Chardin.

  • Mahomet

    Vladimir Soloviev

    A l'heure du dialogue inter-religieux, au moment oú l'islam n'est plus une religion "exotique" mais une réalité présente, parfois même inquiétante, en occident, le livre de vladimir soloviev apporte un regard à la fois historique et théologique sur le fondateur de la religion musulmane.
    Pour vladimir soloviev, comme pour les pères de l'eglise qui furent contemporains de l'apparition de l'islam au viie siècle, la religion de mahomet est marquée par un refus des deux enseignements fondamentaux de la religion chrétienne : la trinité et l'incarnation, qui place l'islam en dehors du déploiement homogène de la révélation, mais sans porter préjudice à la grandeur spirituelle de son fondateur, mahomet.
    C'est en cela que le livre de vladimir soloviev se démarque de toutes les approches de l'islam, souvent tentées soit de dénigrer soit d'aduler son fondateur. pour soloviev, mahomet était un homme brûlé par la recherche de dieu, une authentique figure spirituelle, dont il suit l'évolution pas à pas, à travers une lecture méditée du coran et des grands textes de la tradition musulmane. mahomet prophète ? peut-être, mais comme en contrepoint, pour dénoncer l'apostasie des terres chrétiennes rongées par l'hérésie, que l'islam contraint soit à renier leur foi, soit à la réaffirmer.

  • La pensée de benoît xvi est sans équivalent en français.
    La sympathie souvent enthousiaste du père aidan nichols, op, se conjugue avec une intelligence tout aussi contagieuse. clair et pédagogique, ce livre présente au moins trois intérêts pour le public francophone. tout d'abord, il donne accès à un nombre considérable d'oeuvres de joseph ratzinger, dont une partie importante n'est pas encore accessible en français. ensuite, il en offre une présentation générale qui, beaucoup plus qu'introductive, en livre la substance.
    Enfin, aidan nichols propose la première grande synthèse de la théologie de joseph ratzinger. ayant adopté un ordre chronologique, après un premier chapitre de mise en contexte, il privilégie l'analyse des oeuvres, les unes après les autres. ses mises en perspective concernent les nombreux centres d'intérêt et les sources du théologien. il en résulte une grande lisibilité du propos, une légèreté qui n'exclut jamais la profondeur.
    Le lecteur constatera combien le pape pointe sous joseph ratzinger. délié du service d'enseigner ou d'approfondir telle question théologique de son choix, benoît xvi, appelé à "affermir la foi de ses frères", nous reconduit au centre - selon le mot d'ordre de son grand théologien et ami hans urs von balthasar dieu qui est amour.

  • Romano guardini (1885 - 1968) est un poète de la nuit, mais ce qu'il dit de la nuit nous fait rêver d'aurore et nous la rend à nouveau possible.
    Il répond de l'espérance qui demeure en nous, sans nous cacher la hantise propre à notre pérégrination personnelle, pour penser dieu en sa révélation et en sa création, pour entendre les deux paroles issues d'un même amour. a-t-on encore le loisir de perdre son temps au chevet de chaires fondées en des temps oú l'on croyait possible un savoir universel? faut-il encore s'user à comprendre un occident toujours plus confus, qui, après avoir pompeusement proclamé son évidence en sa modernité, en nie aujourd'hui le sens en sa postmodernité? c'est un fragile espoir que l'être oppose au néant.
    Guardini nous livre sa pédagogie du divin sous la forme d'une écriture héroïque plutôt que moralisante, d'un témoignage plutôt que d'une leçon. au long de ses écrits, on visite un chrétien, devise avec un disciple plus qu'avec un maître, un homme qui a pris dieu et l'homme au sérieux, ne les dissociant jamais du fait de leur relation, mais les embrassant dans le même regard. son anthropologie n'est pas séparée de sa théologie: l'homme y apparaît pleinement homme, dieu y est traité en souverain et en créateur.
    C'est cela, "l'esprit du christianisme", pour romano guardini. et c'est à recouvrer l'unité profonde de la foi et de la culture, dont l'apothéose est dans la liturgie, que ce livre nous invite, à l'école d'un des maîtres de benoît xvi.

  • Ce livre de Uwe Michael Lang, membre de l'Oratoire de Londres, étudie l'orientation de la prière liturgique des points de vue de l'histoire, de la théologie, et de la pastorale.
    Au moment opportun, me semble-t-il, cet ouvrage récapitule un débat qui, en dépit des apparences, n'a jamais été conclu, pas même après le second concile du Vatican. Alors que l'atmosphère peu à peu s'apaise, il est à présent possible de reprendre l'ensemble des questions soulevées par Jungmann, Bouyer et Gamber sur la célébration versus populum sans être aussitôt suspecté de nourrir des sentiments anti-conciliaire.
    Dans ce contexte, l'ouvrage de Lang, qui réjouit par son objectivité et son rejet de toute polémique, est un guide précieux. il présente avec soin les résultats des recherches récentes et procure les matériaux nécessaires à l'élaboration d'un jugement éclairé. Ce livre est particulièrement précieux par sa reconnaissance de la contribution de l'Eglise d'Angleterre à ce débat, rendant notamment la considération qu'il mérite au rôle qu'y jouèrent au dix-neuvième siècle le Mouvement d'Oxford et John Henry Newman.
    C'est à des sources historiques de cet ordre que l'auteur puise les réponses théologiques qu'il propose, et j'espère que ce livre, oeuvre d'un jeune docteur, sera utile au combat-nécessaire à chaque génération - pour une juste compréhension et une digne célébration de la liturgie sacrée. Je souhaite à ce livre de trouver un public large et attentif. Joseph, cardinal Ratzinger.

  • La liturgie est composée de deux parties : la liturgie de la Parole et la liturgie de l'Eucharistie.
    Ces deux parties n'en font qu'une, car c'est la même Parole, le Christ, qui est dit, et qui agit dans l'Eglise par l'intermédiaire du prêtre. Avec profondeur et liberté, ce livre traite de l'art de célébrer la liturgie. Dans le sillage de l'exhortation Sacramentum caritatis de Benoît XVI, il veut donner l'exemple d'un ars celebrandi enraciné dans la grande tradition célébratoire véhiculée par les contemplatifs, dont la forme extraordinaire du rite latin a été longtemps le principal témoin en Occident.
    Comment recouvrer le véritable esprit de la liturgie ? En célébrant la forme ordinaire de l'Eucharistie " dans la crainte de Dieu, répond Enzo Bianchi, dans l'adoration qui est la condition essentielle pour louer, rendre grâce, prier notre Dieu, et dans la certitude que la liturgie contient la plus grande force en vue de l'évangélisation ".

  • C'est à Yalta en 1922 que Serge Boulgakov composa Sous les remparts de Chersonèse, dialogue qu'il choisit de ne pas publier et qui restera dans les archives de l'Institut Saint Serge, à Paris jusqu'en 1991.
    La thèse principale de l'auteur est que l'écroulement de la Russie et de l'Eglise russe qui a suivi la Révolution est la conséquence lointaine du baptême que la Russie, en la personne du prince Vladimir, reçut à Chersonèse de la main des Byzantins en 988, alors que Rome et Constantinople s'acheminaient déjà vers la séparation. Devant cette situation Serge Boulgakov ne voit pas d'autre issue pour la Russie que de reconnaître la validité des décisions du concile de Florence (1439), où les Eglises d'Orient et d'Occident, légitimement représentées, proclamèrent solennellement leur réunion.
    Arrivé en Occident, Boulgakov, qui, pendant deux ans, mentionnera secrètement le pape en célébrant la liturgie, se rendra compte des difficultés de la tâche de rapprochement des deux Eglises et finira par rejeter la thèse des Remparts de Chersonèse. Par sa puissance et son recul, la réflexion historique et ecclésiologique de Boulgakov permet de comprendre en profondeur des aspects importants d'événements qui touchent actuellement la Russie et son Eglise.

  • Entre 1833 et 1845, l'Angleterre connut un extraordinaire renouveau religieux. Né de l'amitié entre trois hommes, John Henry Newman, Richard Hurrel Froude et John Keble, le « Mouvement d'Oxford » secoua le joug sous lequel l'État tenait l'anglicanisme et permit à l'Église d'Angleterre de défendre les réalités surnaturelles de la foi dans une société qui commençait à s'en détacher.

    Plus d'un siècle nous sépare de cette épopée religieuse. Mais pour Christopher Dawson, c'est aujourd'hui que l'exemple du Mouvement d'Oxford révèle sa véritable actualité.

  • Myself and my Creator, " moi et mon Créateur ".
    Par cette phrase lapidaire, Newman a exprimé ce qui était pour lui la raison d'être de la doctrine et des sacrements de l'Eglise : préparer le chrétien à ce face à face où l'âme se retrouvera seule devant le Dieu qui l'a créée. Dans cette anthologie, qui présente des textes de Newman jamais encore traduits en français, Charles Stephen Dessain décrit sous la forme d'un catéchisme spirituel les étapes de cet itinéraire de l'âme vers Dieu.
    Chemin faisant, c'est Newman que l'on apprend à connaître, sa spiritualité, sa conviction que chaque chrétien est appelé à la sainteté. Une sainteté qui engage à la fois le coeur et l'intelligence, le corps et l'âme, la foi et la raison. Car le Dieu de Newman n'est pas une vague déité, un néant teinté d'être. C'est le Dieu de la Révélation, Créateur et Sauveur, qui, en s'incarnant, a restauré dans sa dignité la condition humaine blessée par le péché.

  • Anno Domini 1966.
    Novembre. Moins d'un an après la fin de Vatican II, et alors que s'ouvrait la phase de sa réception, toutes les générations catholiques un tant soit peu informées avaient rendez-vous avec Le paysan de la Garonne. Prenant position sur tous les enjeux ecclésiaux de son "drôle de temps", Jacques Maritain y livrait sa propre traversée du concile et du para-concile, sans crainte "d'appeler les choses par leur nom" et de "mettre les pieds dans le plat".
    À l'heure où l'interprétation de l'oeuvre conciliaire fait de nouveau question et tandis que se heurtent des herméneutiques mettant en valeur les continuités à d'autres privilégiant les ruptures, une nouvelle édition s'imposait de ce qui fut l'une des pièces les plus importantes, les plus autorisées et les plus précoces du débat ; elle s'accompagne d'un "dossier critique " révélateur, rendant l'ouvrage à son ancrage temporel, à sa réception controversée, à son épaisseur polémique.
    Le paysan de la Garonne n'avait cependant pas valeur seulement réactive, mais aussi prospective, et c'est au " vrai feu nouveau" que Jacques Maritain consacrait les trois quarts de son essai - d'où le titre amendé de cette nouvelle édition -, s'essayant comme un "vieil homme qui cligne des yeux" à préciser les voies d'un renouvellement intérieur: en cela il s'adressait aussi aux générations d'aujourd'hui, et son propos qui n'a pas épuisé toute sa fécondité historique esquissait un horizon qui peut encore déplacer et attirer plus loin.

  • Sait-on toujours que saint Grégoire le Grand était l'arrière petit-fils d'un pape Félix II ? Que le pape Hormisdas au Vie siècle eut pour successeur son propre fils, qui prit le nom de Suilvère ? Nombreux sont les exemples d'hommes mariés et pères de famille devenus diacres, prêtres ou évêques.
    Le père Christian Cochini a inventorié tous ceux dont l'histoire a conservé le souvenir et mis en lumière les exigences particulières de célibat qui étaient réclamées de ces hommes. Selon la législation canonique, les candidats aux ordres déjà mariés étaient tenus à partie de leur ordination à observer la continence parfaite avec leur épouse. C'était là une tradition remontant à l'usage apostolique : " ce que les apôtres ont enseigné, et ce que l'antiquité a toujours observé, faisons en sorte nous aussi de le garder ", déclarent les Pères d'un concile africain de 390.
    A travers une longue enquête couvrant l'ensemble des Eglises d'Orient et d'Occident aux sept premiers siècles, l'auteur démontre que la loi du célibat-continence était bien une tradition non-écrite d'origine apostolique. Comme l'a écrit Henri de Lubas à la parution de ce livre, " cet ouvrage est de première importance. Il suppose des recherches considérables, longues et méthodiques. Dans la production de notre en la matière, je ne pense pas que rien ne puisse lui être comparé, même de loin.
    "

empty