Theatrales

  • "On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce. C'est que l'on n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur. Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité."

  • Roméo et Juliette

    William Shakespeare

    « Juliette Veux-tu partir ? Ce n'est pas encore le jour.
    C'était le rossignol, non l'alouette, Qui perçait le tympan craintif de ton oreille.
    Il chante chaque nuit sous ce grenadier.
    Crois-moi, mon bien-aimé, c'était le rossignol.
    Roméo C'est l'alouette, hélas, messagère du jour, Et non le rossignol. Vois, mon aimée, Quelles lueurs là-bas, ourlent envieusement Les nuages à l'est et les séparent.
    Les flambeaux de la nuit se sont consumés et l'aube joyeuse Touche du bout du pied le sommet brumeux des collines.
    Je dois partir et vivre, ou rester et mourir. » (Acte III, scène V).

  • Hamlet

    William Shakespeare

    On connaît l'histoire d'Hamlet, ce jeune homme sommé par le fantôme de son père de le venger, lui qui a été assassiné par son propre frère, lequel a ensuite épousé sa veuve...
    Shakespeare n'a pas inventé cette histoire d'une famille où se concentre la tragédie. Mais à la différence de ses sources médiévales qui se souciaient surtout de l'action, il a mis en jeu toutes les dimensions de réflexion, de sentiment, de sensation dans le processus qui mène à la catastrophe et à la mort de tous. A cette terrible histoire, il a donné toute son humanité. Car si Hamlet est la pièce des pièces pour le théâtre occidental, c'est sans doute d'abord pour sa portée philosophique : chaque siècle, chaque génération se sont réappropriés la question d'"être ou ne pas être" de l'existence et de sa vanité, formulée par Shakespeare.
    C'est sans doute aussi pour le destin singulier du personnage principal, dont la jeunesse promet tant au monde et qui voit ses ailes coupées au moment de l'envol. Et c'est sans doute, enfin, pour le reflet que les personnages, tout prince, roi et reine qu'ils sont, offrent à chacun de l'entremêlement des relations de pouvoir, d'amour et de haine, de l'artifice social et de la vérité des sentiments...
    Pour tout cela, donc, mais également, surtout, par la manière dont tout cela fait théâtre. Un homme jeune, seul contre tous, force ainsi la communauté à s'interroger radicalement sur elle-même, au moment unique de la représentation. Aujourd'hui comme hier, nous sommes tous Hamlet. D'où la nécessité de traduire à nouveau la pièce, ici pour David Bobee dont l'univers inventif et hybride rencontre pour la première fois une pièce du répertoire...
    Si elle est le produit d'un moment particulier d'ébullition historique, la Renaissance anglaise, il importe de retrouver le langage qui peut porter sur la scène actuelle la question de la liberté, dans un monde d'illusions gangrené par l'intérêt. Comme pour la première fois.

  • Hedda Gabler

    Henrik Ibsen

    Hedda gabler est une des cinq dernières pièces d'ibsen.
    Ecrite à munich en 1890, peu de temps avant le retour définitif de l'auteur en norvège, elle fut aussitôt traduite et publiée en plusieurs langues et montée, d'abord à munich au début de 1891, puis à londres et à pari à la fin de l'année. ibsen y a rompu avec les aspects symboliques ou mystiques de pièces comme rosmersholm : " j'ai essayé de décrire des êtres humains aussi exactement que possible, de façon aussi détaillée que possible, rien d'autre [.
    ] ; on trouvera peut-être quelque chose de révolutionnaire dans ce drame mais c'est une chose qui demeure à l'arrière-plan ".
    La pièce a séduit bien des metteurs en scène ; il suffit de citer ici lugné-p?, georges pitoëff et raymond rouleau.
    Altier et énigmatique, le personnage de hedda a aussi tenté bon nombre de comédiennes, comme marguerite jamois, ingrid bergman et delphine seyrig (à la télévision) ; il reste un des grands rôles et une des grandes et sombres destinées du théâtre d'ibsen.

  • le roi lear est souvent tenue pour la plus noire des grandes tragédies légendaires de shakespeare, à cause de la catastrophe finale, infiniment désespérée.
    c'est aussi l'une des plus humaines. le roi lear décide de partager son royaume entre ses trois filles. les deux premières, pour plaire à leur père et recevoir le meilleur lot, récitent un joli compliment. cordélia, la plus jeune, refuse le concours d'hypocrisie. le vieux roi, d'autant plus déçu qu'il la préférait, la renie. par ce geste, il se renie lui-même. commence alors une terrible tribulation où, pour retrouver son être, il perdra son rang, sa raison, sa vie.
    lear est une histoire d'identité : de théâtre et d'humanité. les personnages, dans l'abandon de leur rôle social, devront survivre en éprouvant le dénuement, la violence de la nature et des hommes, aux confins de la conscience et de l'existence. sur le plateau nu de la scène élisabéthaine, cette pièce est une oeuvre expérimentale, diverse de registres, nourrie de multiples références. si on a pu évoquer une " passion " d'avant le christ, en réalité le monde de lear, drôle et terrifiant, n'est ni païen ni chrétien.
    c'est le théâtre : la condition humaine, mise en dérision par la lucidité du fou. jean-françois sivadier porte à la scène cet " opéra anthropologique, ce coup de poing gigantesque à l'inconscien t". pascal collin propose ici une traduction nouvelle pour les acteurs d'aujourd'hui et de demain : "une matière dont ils puissent être les créateurs" à partir du plateau, pour un théâtre qui renaît chaque soir de la rencontre entre la scène et la salle.

  • Noble Orsino, Vous me donnez des noms que je refuse, Je n'ai rien d'un voleur ou d'un pirate Même si, je l'avoue, je l'ai prouvé, Je fus votre ennemi. Si je suis là, C'est attiré par un pouvoir magique :

    Cet ingrat, ce garçon à vos côtés, De la bouche écumante des tempêtes Je l'ai sauvé ; il n'avait plus d'espoir ;

    En lui rendant la vie, c'est mon amour Que je lui ai offert, sans restriction, En me vouant à lui.

  • " Il faut peupler le monde ! ". Le cri de Bénédict, célibataire endurci pris au piège de l'amour, énonce aussi la loi du genre comique : croître, multiplier, fonder le nouvel ordre d'une société vieillissante. Mais l'itinéraire est périlleux qui va de la rencontre au mariage. D'ordinaire, ce sont les vieillards qui résistent, contrariant la ferveur et la hâte du jeune sang qui bouillonne. Pas ici. Dans Beaucoup de bruit pour rien, c'est la jeunesse qui se rebiffe : peur du qu'en dira-t-on, de la rumeur, de la tromperie. Peur de l'amour, aussi. Alors on fait la guerre à l'Autre. Au lieu de le courtiser avec sonnets et billets doux, on l'assassine d'un bon mot. Les flèches du bel esprit contre celles de Cupidon. Guerre contre guerre. Pour que le monde tourne et se peuple, les pères en sont réduits à arranger les mariages, quitte à échafauder des fictions amoureuses auxquelles se laisseront prendre les réfractaires du sentiment. Montrer, dans le miroir déformant d'une chimère, la virago en amoureuse ; transformer, par la magie d'une perspective sciemment déformée, le célibataire endurci en chevalier servant, suffira-t-il à faire tomber les réticences des partenaires qu'on leur destine ? Avec Beaucoup de bruit pour rien, l'amour se fait théâtre. Pour notre grand, notre immense plaisir.

  • À la suite d'invraisemblables intrigues où s'accumulent désirs, haines et ambitions se trouvent exilés dans le bois d'Ardennes un duc déchu et sa suite, des seigneurs, des jeunes dames, un chevalier errant, un philosophe amer, un bouffon de cour, mêlés à des bergers, une bergère, une chevrière et un villageois. Placés ainsi sous l'empire de la Nature (la leur propre, comme celle qui les environne), ils vont jouer au jeu éternel des assemblages amoureux, faisant fi des genres et des convenances, comme dans la scène où Rosalinde travestie en homme, et tout en calomniant les femmes, force son amant Orlando à lui faire la cour. Comédie de méprises et de déguisements, "Comme il vous plaira" est une célébration du théâtre et de ses artifices, de la chair et de ses plaisirs. "Le monde entier est un théâtre", dit le personnage de Jacques : Shakespeare offre ainsi aux spectateurs et aux acteurs une variation joyeuse sur les jeux de l'amour, reflétant le théâtre de nos désirs. La traduction que Pascal Collin a établie pour la création de Cendre Chassanne restitue toute l'ambiguïté, la charge érotique et la liberté des situations et du langage, pour réaffirmer que, en 1599 comme aujourd'hui, "la chair n'est pas triste".

  • L'Ogrelet vit seul avec sa mère dans une maison au coeur d'une forêt dense, en retrait de la communauté villageoise. Le jour où il commence à fréquenter l'école et les autres enfants, il découvre sa différence : il est le fils d'un ogre que sa mère a passionnément aimé. Pour se délivrer de son attirance irrépressible pour le sang frais, il devra affronter trois épreuves dont il sortira grandi. L'Ogrelet, avec ses six ans, sa force extraordinaire et sa terrible hérédité, nous réconcilie avec notre part d'ombre. Un récit noir tendre qui puise son inspiration dans les contes traditionnels, servi par l'écriture fine et intelligente de la grande auteure pour enfants Suzanne Lebeau.

  • Qui est Michelle ? Ou plutôt : qui est uneviedechat ? Une adolescente insouciante ou mal élevée ? On assiste ici à la confrontation de deux mondes : celui des "vieux", qui regardent défiler le paysage, et celui des jeunes, prompts à le mettre en boîte, ce beau décor, avec leurs smartphones tout équipés et ultraconnectés. C'est à ce nouveau monde qu'appartiennent Kim, Angèle, Michelle, Sélim et Abel.
    Et c'est l'ancien monde qu'ils viennent visiter en allant découvrir à Auschwitz l'horreur des camps de concentration, ce souvenir dur et froid, qui ne résistera pas, cependant, au sourire de Michelle et au déclenchement de son appareil photo... A-t-elle accompli son devoir de mémoire en prenant ce selfie ? A-t-elle sali le passé en posant devant les vestiges de la Shoah ? Les avis divergent sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent, et la Toile se referme sur Michelle, prisonnière virtuelle d'un harcèlement numérique cruel.
    L'écran devient le point de confluence entre le réel et l'image, et redessine nos espaces de parole et de liberté.

  • Créé en 1943 par Claude Étienne, le Théâtre du Rideau de Bruxelles place les autrices et auteurs vivant·e·s au cÅ?ur de son projet artistique. Il privilégie un théâtre sensible et sensuel, poétique et social, en mesure tout à la fois d'éveiller, d'émerveiller, de bousculer et de ravir. Ce livre pose un regard pluriel sur les treize années de Michael Delaunoy à la tête de cette Maison de Théâtre (2007-2020). Une direction marquée par une longue période de nomadisme, une politique d'ouverture et de partenariats en Belgique et sur la scène internationale, la rénovation d'un théâtre dans un quartier multiculturel à Ixelles, et un soutien accru à l'accompagnement des nouvelles écritures.

  • Petit Pierre, garçon vacher à moitié aveugle, quasi sourd et muet, est né avec le XXe siècle et son cortège de drames. Sa petite histoire, celle d'un collectionneur de petits riens devenu créateur d'une fabuleuse machine, se mêle avec l'Histoire et « sa grande hache », celle des guerres, de la folie des hommes mais aussi du progrès qui les oublie en route.

  • Pour un temps soit peu. Une femme s'adresse au public et raconte sa transition. La prise de conscience d'avoir été assignée au mauvais genre, les démarches médicales et la prise d'hormones, le changement d'état civil, les relations amicales et amoureuses, les rencontres, sont autant d'étapes sur le parcours de cette femme. Sans détour, elle aborde également la violence subie dans son corps et celle que la société hétéronormée lui renvoie sans cesse.
    DISTRIBUTION : une femme / GENRE : monologue, théâtre de l'intime.

    Transe. Trois personnages discutent. Émile, homme cisgenre, Max, personne non-binaire et Laurène, femme trans. Ils et elles semblent se connaître. Alors qu'iels évoquent leur passé, le lecteur s'aperçoit qu'iels sont la même personne, trois étapes d'une vie, un parcours de transition.
    DISTRIBUTION : un homme, une personne non-binaire, une femme / GENRE : théâtre de l'intime.

  • La mort de Danton

    Georg Büchner

    La mort de danton n'est pas seulement un drame historique.
    C'est l'histoire d'hommes et de femmes emportés par une révolution qu'ils ne maîtrisent plus. danton préfère mourir, entraînant ses amis avec lui, plutôt que de continuer à se battre pour une cause désormais placée sous le signe de la terreur: " je préfère être guillotiné que guillotineur. " georg büchner trouve la trame de sa pièce dans l'histoire de la révolution française de thiers qu'il cite abondamment, parfois littéralement.
    Les principaux épisodes des derniers jours de danton par l'historien français donnent chacun lieu à une scène. il a aussi emprunté à d'autres textes des anecdotes, des faits, des bribes de phrases. mais c'est avec shakespeare qu'il rivalise pour la structure générale de son drame. dans les dernières scènes, la pièce se détache de l'appareil des citations historiques pour prendre une dimension cosmique et tragique, faisant voisiner le stoïcisme des uns avec lafolie et la peur de la mort des autres.
    Cette nouvelle édition s'inscrit dans la continuité de celle de woyzeck (éditions théâtrales, 2004) et annonce celle de léonce et léna (éditions théâtrales, 2006). la traduction de jean-louis besson et jean jourdheuil, souvent montée sur les scènes, est publiée ici dans une version revue et corrigée, accompagnée d'une introduction et de notes. les nombreuses sources de büchner sont mises en évidence, permettant au lecteur d'entrer dans l'atelier du poète.

  • Au début des années 1960, un physicien français au génie précoce et un auteur de science-fiction soviétique à l'imagination féconde travaillent sans le savoir sur le même concept : l'existence d'univers parallèles au nôtre, qui expliquerait la nature même de notre réalité.
    Quelques décennies plus tard, leurs enfants - le leader d'un groupe de rock renommé et une futurologue médiatique - sont chacun hantés par l'héritage paternel et confrontés au même moment à d'étranges événements...
    Frédéric Sonntag poursuit son exploration des mythologies de la culture pop, de l'histoire des idéologies et des mutations du capitalisme. À la fois fable sur le destin de nos existences, analyse de notre perception de la réalité et voyage à la frontière de nos fantasmes et de nos souvenirs, D'autres mondes sonde notre besoin d'imaginer des ailleurs plus habitables et de croire encore à l'existence de nouveaux possibles.
    Ce texte à la construction vertigineuse se dévore comme un roman de SF et offre des enjeux de création infinis.

  • Elle et Lui racontent, tour à tour, petits souvenirs et grands moments d'une histoire d'amour unique, comme il en existe tant. Elle est autrice, travaille depuis leur maison à la campagne ; il est sans arrêt sur les routes, il crée la lumière pour des spectacles. Elle est malade, et ensemble ils traversent la nuit cancéreuse, l'adeno nuitome.
    Se dessine en pointillés la puissance simple d'un amour qui se construit au présent : les cafés partagés au petit matin, pieds nus dans la cuisine, les désaccords et les tensions, le manque, l'attente, les rêves remis à plus tard par le quotidien, la maladie inquiétante et les angoisses qu'on essaie de déjouer.
    Lola Molina explore avec délicatesse et poésie la fable intime et le couple, dans une partition orale aux multiples images cinématographiques et références musicales.

  • Grosse patate c'est le surnom qu'on lui donne à l'école parce qu'elle mange tout le temps.
    Elle, elle sait qu'elle est ronde et douce. dans sa classe il y a rosemarie la timide, rémi son souffre-douleur, trouillard comme une fille, et hubert dont tout le monde est amoureux. grosse patate raconte dans son journal la tristesse, le bonheur, les interrogations d'une petite fille qui essaie de comprendre le monde. ce premier texte du comédien et metteur en scène dominique richard traite de sujets essentiels comme l'amitié, l'amour, le deuil, la différence dans une langue drôle et inventive.

  • Nos fenêtres invisibles.
    Dans un futur indéterminé, Kévina et Otis, 16 ans, attendent à l'hôpital d'être Reformatés car, aux yeux de la Milice des Gardiens de la Réalité, ils ont bugué. Sont-ils atteints d'un dysfonctionnement cognitif passager ou bien dotés d'un imaginaire plus riche que la moyenne des gens ? Dans un élan vital qui les dépasse, ils vont donner naissance à un mouvement de résistance.

    Je suis le contrepoids du monde.
    Dans une usine abandonnée, la jeune Jessica tombe sur Samir, assis sur une chaise au milieu d'une pièce vide. Elle découvre que c'est un endroit spécial : tout instant de beauté créé ici fait contrepoids à la violence du monde. Jessica est-elle prête à rejoindre la confrérie planétaire des Veilleurs sensibles ? Cette histoire d'amour est aussi celle d'un engagement poético-politique.

  • Kitsou Dubois, danser l'apesanteur Nouv.

    Entre danse, cirque et science, Kitsou Dubois expérimente une nouvelle approche du mouvement à bord d'avions qui recréent les conditions d'absence de gravité. Elle revisite les gestes fondamentaux de la danse sur terre. Cette expérience est à la fois merveilleuse et mélancolique car proche d'un état de danse parfait:ce moment où toutes les tensions et les forces en jeu s'organisent pour donner la sensation de ne plus peser. Ce livre transmet des émotions, des sensations d'être dans un milieu où l'on ne tombe plus, où l'on est repoussé lorsqu'on touche quelque chose ou quelqu'un. Une relation paradoxale émerge entre la perception du corps en apesanteur ou sur terre. C'est également le récit d'une exploration chorégraphique pour inverser l'équilibre entre le poids de la réalité et la légèreté de l'imaginaire. En croisant les techniques du cirque et de la danse avec les technologies numériques, on découvre un processus de création complexe et fascinant.

  • Deux jeunes femmes de 25 ans : Jade, qui n'a pas sa langue dans sa poche et passe une bonne partie de son temps à promener sa chienne ; et Tania, un peu paumée et très silencieuse. C'est l'histoire de leur rencontre, anonyme d'abord, amoureuse ensuite. Il leur faudra dépasser bien des obstacles : le mutisme de Jade et surtout les masculinistes de tous poils qu'elles doivent se colleter. Elles croiseront heureusement des bienveillantes qui, sans s'en mêler, favoriseront l'éclosion fragile d'un amour tout simple.
    Cette partition pour deux actrices entourées de voix est une véritable plongée sensuelle dans les profondeurs de l'âme : attention aux paliers de décompression ! Adrien Cornaggia invente ici un texte dramatique façonné de dialogues, de soliloques et de flash-backs, pour un entrelacs très doux, parfaitement maîtrisé.

  • D'une prison haïtienne, une voix s'élève. Elle scande, dans une seule longue phrase, les malheurs du pays?: pauvreté, famine, catastrophes naturelles, pouvoir corrompu, église hypocrite.
    C'est un cri. Un poème dramatique qui ne cherche pas l'esthétisation de la misère et de la violence politique car le poète les vit, du fond de son cachot de Port-au-Prince. Sa parole emprisonnée résonne d'autant plus qu'on l'a bafouée, empêchée, retenue. Éminemment théâtral par son oralité et son rythme, un poème partition pour un homme au souffle long, comme pour un choeur puissant.
    Jean D'Amérique pousse ce cri en écho à d'autres confrères et consoeurs poètes emprisonnés d'hier et d'aujourd'hui : Federico García Lorca, Asli Erdogan, Nâzim Hikmet... et la force de son verbe rejoint la subversion de Jean Genet et l'allant d'Aimé Césaire. À lire à haute voix pour faire voler en éclats tous les murs dressés.

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