Langue française

  • "On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce. C'est que l'on n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur. Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité."

  • Romeo et Juliette

    William Shakespeare

    « Juliette Veux-tu partir ? Ce n'est pas encore le jour.
    C'était le rossignol, non l'alouette, Qui perçait le tympan craintif de ton oreille.
    Il chante chaque nuit sous ce grenadier.
    Crois-moi, mon bien-aimé, c'était le rossignol.
    Roméo C'est l'alouette, hélas, messagère du jour, Et non le rossignol. Vois, mon aimée, Quelles lueurs là-bas, ourlent envieusement Les nuages à l'est et les séparent.
    Les flambeaux de la nuit se sont consumés et l'aube joyeuse Touche du bout du pied le sommet brumeux des collines.
    Je dois partir et vivre, ou rester et mourir. » (Acte III, scène V).

  • Hedda Gabler

    Henrik Ibsen

    Hedda gabler est une des cinq dernières pièces d'ibsen.
    Ecrite à munich en 1890, peu de temps avant le retour définitif de l'auteur en norvège, elle fut aussitôt traduite et publiée en plusieurs langues et montée, d'abord à munich au début de 1891, puis à londres et à pari à la fin de l'année. ibsen y a rompu avec les aspects symboliques ou mystiques de pièces comme rosmersholm : " j'ai essayé de décrire des êtres humains aussi exactement que possible, de façon aussi détaillée que possible, rien d'autre [.
    ] ; on trouvera peut-être quelque chose de révolutionnaire dans ce drame mais c'est une chose qui demeure à l'arrière-plan ".
    La pièce a séduit bien des metteurs en scène ; il suffit de citer ici lugné-p?, georges pitoëff et raymond rouleau.
    Altier et énigmatique, le personnage de hedda a aussi tenté bon nombre de comédiennes, comme marguerite jamois, ingrid bergman et delphine seyrig (à la télévision) ; il reste un des grands rôles et une des grandes et sombres destinées du théâtre d'ibsen.

  • le roi lear est souvent tenue pour la plus noire des grandes tragédies légendaires de shakespeare, à cause de la catastrophe finale, infiniment désespérée.
    c'est aussi l'une des plus humaines. le roi lear décide de partager son royaume entre ses trois filles. les deux premières, pour plaire à leur père et recevoir le meilleur lot, récitent un joli compliment. cordélia, la plus jeune, refuse le concours d'hypocrisie. le vieux roi, d'autant plus déçu qu'il la préférait, la renie. par ce geste, il se renie lui-même. commence alors une terrible tribulation où, pour retrouver son être, il perdra son rang, sa raison, sa vie.
    lear est une histoire d'identité : de théâtre et d'humanité. les personnages, dans l'abandon de leur rôle social, devront survivre en éprouvant le dénuement, la violence de la nature et des hommes, aux confins de la conscience et de l'existence. sur le plateau nu de la scène élisabéthaine, cette pièce est une oeuvre expérimentale, diverse de registres, nourrie de multiples références. si on a pu évoquer une " passion " d'avant le christ, en réalité le monde de lear, drôle et terrifiant, n'est ni païen ni chrétien.
    c'est le théâtre : la condition humaine, mise en dérision par la lucidité du fou. jean-françois sivadier porte à la scène cet " opéra anthropologique, ce coup de poing gigantesque à l'inconscien t". pascal collin propose ici une traduction nouvelle pour les acteurs d'aujourd'hui et de demain : "une matière dont ils puissent être les créateurs" à partir du plateau, pour un théâtre qui renaît chaque soir de la rencontre entre la scène et la salle.

  • " Il faut peupler le monde ! ". Le cri de Bénédict, célibataire endurci pris au piège de l'amour, énonce aussi la loi du genre comique : croître, multiplier, fonder le nouvel ordre d'une société vieillissante. Mais l'itinéraire est périlleux qui va de la rencontre au mariage. D'ordinaire, ce sont les vieillards qui résistent, contrariant la ferveur et la hâte du jeune sang qui bouillonne. Pas ici. Dans Beaucoup de bruit pour rien, c'est la jeunesse qui se rebiffe : peur du qu'en dira-t-on, de la rumeur, de la tromperie. Peur de l'amour, aussi. Alors on fait la guerre à l'Autre. Au lieu de le courtiser avec sonnets et billets doux, on l'assassine d'un bon mot. Les flèches du bel esprit contre celles de Cupidon. Guerre contre guerre. Pour que le monde tourne et se peuple, les pères en sont réduits à arranger les mariages, quitte à échafauder des fictions amoureuses auxquelles se laisseront prendre les réfractaires du sentiment. Montrer, dans le miroir déformant d'une chimère, la virago en amoureuse ; transformer, par la magie d'une perspective sciemment déformée, le célibataire endurci en chevalier servant, suffira-t-il à faire tomber les réticences des partenaires qu'on leur destine ? Avec Beaucoup de bruit pour rien, l'amour se fait théâtre. Pour notre grand, notre immense plaisir.

  • L'Ogrelet vit seul avec sa mère dans une maison au coeur d'une forêt dense, en retrait de la communauté villageoise. Le jour où il commence à fréquenter l'école et les autres enfants, il découvre sa différence : il est le fils d'un ogre que sa mère a passionnément aimé. Pour se délivrer de son attirance irrépressible pour le sang frais, il devra affronter trois épreuves dont il sortira grandi. L'Ogrelet, avec ses six ans, sa force extraordinaire et sa terrible hérédité, nous réconcilie avec notre part d'ombre. Un récit noir tendre qui puise son inspiration dans les contes traditionnels, servi par l'écriture fine et intelligente de la grande auteure pour enfants Suzanne Lebeau.

  • Qui est Michelle ? Ou plutôt : qui est uneviedechat ? Une adolescente insouciante ou mal élevée ? On assiste ici à la confrontation de deux mondes : celui des "vieux", qui regardent défiler le paysage, et celui des jeunes, prompts à le mettre en boîte, ce beau décor, avec leurs smartphones tout équipés et ultraconnectés. C'est à ce nouveau monde qu'appartiennent Kim, Angèle, Michelle, Sélim et Abel.
    Et c'est l'ancien monde qu'ils viennent visiter en allant découvrir à Auschwitz l'horreur des camps de concentration, ce souvenir dur et froid, qui ne résistera pas, cependant, au sourire de Michelle et au déclenchement de son appareil photo... A-t-elle accompli son devoir de mémoire en prenant ce selfie ? A-t-elle sali le passé en posant devant les vestiges de la Shoah ? Les avis divergent sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent, et la Toile se referme sur Michelle, prisonnière virtuelle d'un harcèlement numérique cruel.
    L'écran devient le point de confluence entre le réel et l'image, et redessine nos espaces de parole et de liberté.

  • La scène brésilienne a manifesté en ce premier quart de siècle un dynamisme et un renouveau passionnants : des scènes brésiliennes qui font exister sur le plateau des voix souvent mises sous silence, notamment celles des majorités mises en minorité, donnent à voir d'autres représentations - d'autres scènes - du Brésil, comme des manières singulières de pratiquer le théâtre et de l'inscrire dans son environnement social en particulier celui de l'éducation et de la recherche. En ces temps où le pays est en proie à une situation politique catastrophique, c'est cette vitalité, cette diversité et ces résistances que ce numéro entreprend de mettre en avant et dont il entend témoigner.

  • Créé en 1943 par Claude Étienne, le Théâtre du Rideau de Bruxelles place les autrices et auteurs vivant·e·s au cÅ?ur de son projet artistique. Il privilégie un théâtre sensible et sensuel, poétique et social, en mesure tout à la fois d'éveiller, d'émerveiller, de bousculer et de ravir. Ce livre pose un regard pluriel sur les treize années de Michael Delaunoy à la tête de cette Maison de Théâtre (2007-2020). Une direction marquée par une longue période de nomadisme, une politique d'ouverture et de partenariats en Belgique et sur la scène internationale, la rénovation d'un théâtre dans un quartier multiculturel à Ixelles, et un soutien accru à l'accompagnement des nouvelles écritures.

  • Petit Pierre, garçon vacher à moitié aveugle, quasi sourd et muet, est né avec le XXe siècle et son cortège de drames. Sa petite histoire, celle d'un collectionneur de petits riens devenu créateur d'une fabuleuse machine, se mêle avec l'Histoire et « sa grande hache », celle des guerres, de la folie des hommes mais aussi du progrès qui les oublie en route.

  • La mort de Danton

    Georg Büchner

    La mort de danton n'est pas seulement un drame historique.
    C'est l'histoire d'hommes et de femmes emportés par une révolution qu'ils ne maîtrisent plus. danton préfère mourir, entraînant ses amis avec lui, plutôt que de continuer à se battre pour une cause désormais placée sous le signe de la terreur: " je préfère être guillotiné que guillotineur. " georg büchner trouve la trame de sa pièce dans l'histoire de la révolution française de thiers qu'il cite abondamment, parfois littéralement.
    Les principaux épisodes des derniers jours de danton par l'historien français donnent chacun lieu à une scène. il a aussi emprunté à d'autres textes des anecdotes, des faits, des bribes de phrases. mais c'est avec shakespeare qu'il rivalise pour la structure générale de son drame. dans les dernières scènes, la pièce se détache de l'appareil des citations historiques pour prendre une dimension cosmique et tragique, faisant voisiner le stoïcisme des uns avec lafolie et la peur de la mort des autres.
    Cette nouvelle édition s'inscrit dans la continuité de celle de woyzeck (éditions théâtrales, 2004) et annonce celle de léonce et léna (éditions théâtrales, 2006). la traduction de jean-louis besson et jean jourdheuil, souvent montée sur les scènes, est publiée ici dans une version revue et corrigée, accompagnée d'une introduction et de notes. les nombreuses sources de büchner sont mises en évidence, permettant au lecteur d'entrer dans l'atelier du poète.

  • Pour un temps soit peu. Une femme s'adresse au public et raconte sa transition. La prise de conscience d'avoir été assignée au mauvais genre, les démarches médicales et la prise d'hormones, le changement d'état civil, les relations amicales et amoureuses, les rencontres, sont autant d'étapes sur le parcours de cette femme. Sans détour, elle aborde également la violence subie dans son corps et celle que la société hétéronormée lui renvoie sans cesse.
    DISTRIBUTION : une femme / GENRE : monologue, théâtre de l'intime.

    Transe. Trois personnages discutent. Émile, homme cisgenre, Max, personne non-binaire et Laurène, femme trans. Ils et elles semblent se connaître. Alors qu'iels évoquent leur passé, le lecteur s'aperçoit qu'iels sont la même personne, trois étapes d'une vie, un parcours de transition.
    DISTRIBUTION : un homme, une personne non-binaire, une femme / GENRE : théâtre de l'intime.

  • Entre danse, cirque et science, Kitsou Dubois expérimente une nouvelle approche du mouvement à bord d'avions qui recréent les conditions d'absence de gravité. Elle revisite les gestes fondamentaux de la danse sur terre. Cette expérience est à la fois merveilleuse et mélancolique car proche d'un état de danse parfait:ce moment où toutes les tensions et les forces en jeu s'organisent pour donner la sensation de ne plus peser. Ce livre transmet des émotions, des sensations d'être dans un milieu où l'on ne tombe plus, où l'on est repoussé lorsqu'on touche quelque chose ou quelqu'un. Une relation paradoxale émerge entre la perception du corps en apesanteur ou sur terre. C'est également le récit d'une exploration chorégraphique pour inverser l'équilibre entre le poids de la réalité et la légèreté de l'imaginaire. En croisant les techniques du cirque et de la danse avec les technologies numériques, on découvre un processus de création complexe et fascinant.

  • Cet essai est la conclusion synthétique du travail de recherche et de réflexion de Jean Caune sur la question du processus de dramatisation et de mise en théâtre.
    L'intention première est de produire une mémoire vive d'un art éphémère, à partir de productions théâtrales significatives de la dernière partie du xxe et du début du xxie. Mais c'est aussi un geste personnel et professionnel, car cette proposition fait s'articuler à la fois la mémoire de spectateur de théâtre de Jean Caune et ses enseignements à l'université sur l'art de l'acteur, les esthétiques de mise en scène, les processus de décentralisation théâtrale et le phénomène du théâtre populaire.
    Cet essai est traversé par la question de la transmission, que ce soit celle qui est opérée par la mise en scène des classiques ou par l'activité innovante dans l'usage de textes sources qui ne relèvent pas nécessairement de l'écriture dramatique.
    Une place particulière est enfin donnée à la création contemporaine, en abordant, en particulier, deux auteurs majeurs de ces vingt dernières années, auteurs qui sont aussi les propres metteurs en scène de leur écriture :
    Wajdi Mouawad et David Lescot.

  • D'une prison haïtienne, une voix s'élève. Elle scande, dans une seule longue phrase, les malheurs du pays?: pauvreté, famine, catastrophes naturelles, pouvoir corrompu, église hypocrite.
    C'est un cri. Un poème dramatique qui ne cherche pas l'esthétisation de la misère et de la violence politique car le poète les vit, du fond de son cachot de Port-au-Prince. Sa parole emprisonnée résonne d'autant plus qu'on l'a bafouée, empêchée, retenue. Éminemment théâtral par son oralité et son rythme, un poème partition pour un homme au souffle long, comme pour un choeur puissant.
    Jean D'Amérique pousse ce cri en écho à d'autres confrères et consoeurs poètes emprisonnés d'hier et d'aujourd'hui : Federico García Lorca, Asli Erdogan, Nâzim Hikmet... et la force de son verbe rejoint la subversion de Jean Genet et l'allant d'Aimé Césaire. À lire à haute voix pour faire voler en éclats tous les murs dressés.

  • Elle et Lui racontent, tour à tour, petits souvenirs et grands moments d'une histoire d'amour unique, comme il en existe tant. Elle est autrice, travaille depuis leur maison à la campagne ; il est sans arrêt sur les routes, il crée la lumière pour des spectacles. Elle est malade, et ensemble ils traversent la nuit cancéreuse, l'adeno nuitome.
    Se dessine en pointillés la puissance simple d'un amour qui se construit au présent : les cafés partagés au petit matin, pieds nus dans la cuisine, les désaccords et les tensions, le manque, l'attente, les rêves remis à plus tard par le quotidien, la maladie inquiétante et les angoisses qu'on essaie de déjouer.
    Lola Molina explore avec délicatesse et poésie la fable intime et le couple, dans une partition orale aux multiples images cinématographiques et références musicales.

  • Nos fenêtres invisibles.
    Dans un futur indéterminé, Kévina et Otis, 16 ans, attendent à l'hôpital d'être Reformatés car, aux yeux de la Milice des Gardiens de la Réalité, ils ont bugué. Sont-ils atteints d'un dysfonctionnement cognitif passager ou bien dotés d'un imaginaire plus riche que la moyenne des gens ? Dans un élan vital qui les dépasse, ils vont donner naissance à un mouvement de résistance.

    Je suis le contrepoids du monde.
    Dans une usine abandonnée, la jeune Jessica tombe sur Samir, assis sur une chaise au milieu d'une pièce vide. Elle découvre que c'est un endroit spécial : tout instant de beauté créé ici fait contrepoids à la violence du monde. Jessica est-elle prête à rejoindre la confrérie planétaire des Veilleurs sensibles ? Cette histoire d'amour est aussi celle d'un engagement poético-politique.

  • Fondre

    Guillaume Poix

    Un groupe d'adolescent.e.s tente une traversée vers un territoire qui leur est interdit d'accès. Ils dérivent, chacun.e sur son morceau de banquise, vers une terre promise, un Eldorado fantasmé. Évoquant tour à tour Le Radeau de la Méduse, la pièce de Georg Kaiser mettant en scène des enfants à la dérive, l'épisode de Jonas et de la baleine, mais surtout la situation actuelle des migrants, ce texte allégorique touche par son humanité. L'absence de distribution préétablie fait de ce texte une partition, un texte à lire et jouer de multiples façons.

  • Au début des années 1960, un physicien français au génie précoce et un auteur de science-fiction soviétique à l'imagination féconde travaillent sans le savoir sur le même concept : l'existence d'univers parallèles au nôtre, qui expliquerait la nature même de notre réalité.
    Quelques décennies plus tard, leurs enfants - le leader d'un groupe de rock renommé et une futurologue médiatique - sont chacun hantés par l'héritage paternel et confrontés au même moment à d'étranges événements...
    Frédéric Sonntag poursuit son exploration des mythologies de la culture pop, de l'histoire des idéologies et des mutations du capitalisme. À la fois fable sur le destin de nos existences, analyse de notre perception de la réalité et voyage à la frontière de nos fantasmes et de nos souvenirs, D'autres mondes sonde notre besoin d'imaginer des ailleurs plus habitables et de croire encore à l'existence de nouveaux possibles.
    Ce texte à la construction vertigineuse se dévore comme un roman de SF et offre des enjeux de création infinis.

  • Grosse patate c'est le surnom qu'on lui donne à l'école parce qu'elle mange tout le temps.
    Elle, elle sait qu'elle est ronde et douce. dans sa classe il y a rosemarie la timide, rémi son souffre-douleur, trouillard comme une fille, et hubert dont tout le monde est amoureux. grosse patate raconte dans son journal la tristesse, le bonheur, les interrogations d'une petite fille qui essaie de comprendre le monde. ce premier texte du comédien et metteur en scène dominique richard traite de sujets essentiels comme l'amitié, l'amour, le deuil, la différence dans une langue drôle et inventive.

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