Paul Valadier

  • Le débat permanent

    Paul Valadier

    • Salvator
    • 21 Novembre 2019

    Avenir du climat, début et fin de vie, statut de la famille, intelligence artificielle... sur ces questions et bien d'autres, notre société pluraliste ne cesse d'être plongée dans un « débat permanent ». Comment expliquer sinon ce recours si fréquent, en plus des instances politiques habituellement décisionnaires, aux commissions spéciales, comités d'éthique ou autres tenues d'états généraux ?
    Faut-il y voir une incapacité de l'État à trancher et décider ?
    Faut-il y percevoir sa gêne à parler de morale ou aborder des questions de fond ?
    Cette situation d'indétermination doit nous interroger, souligne ici Paul Valadier. Car si la discussion rationnelle sur les questions humaines fondamentales est légitime, elle peut montrer ses limites et elle ne peut pas en tout cas se passer de références éthiques et morales. Elle constitue à coup sûr pour notre société l'occasion de puiser dans ses ressources de sens. Parmi celles-ci, les religions, dont l'Église catholique, ont toute leur place.

  • Un grand jésuite d'aujourd'hui confronte la sagesse biblique avec la pensée politique.

  • Est-ce faire preuve d'un optimisme forcené, voire d'un optimisme naïf, que de croire à une histoire qui n'aboutit pas nécessairement à la victoire des forces de mort, à la catastrophe annoncée ? Peut-on construire une sagesse dans ce monde tourmenté ? Faut-il refuser de plus l'idée d'un Dieu qui veille à notre sort, d'une Providence bienveillante ? Refusant la résignation et le pessimisme ambiants, Paul Valadier invite à voir tout au contraire des lueurs dans l'histoire. N'est-il pas urgent en effet de réexaminer la notion de « signes des temps », si justement remise en valeur par certains textes du concile Vatican II, à partir d'une expression tirée du Nouveau Testament ? Il s'agit, non pas d'adopter une lecture de l'histoire qui s'aventure dans des anticipations toujours démenties sans assumer le présent, mais de croire que rien n'est jamais achevé, perdu, voué à la mort. Une issue est toujours possible, là où on la cherche, là où on s'obstine à ne pas baisser les bras, là où on n'écoute que modérément les « prophètes de malheur » que dénonçait le pape Jean XXIII.

  • La polémique lancée par Blaise Pascal contre les jésuites dans ses Provinciales demeure le paradigme de l'éternel combat entre le rigorisme et la liberté morale, entre jansénisme et casuistique. Le livre tente de montrer que le 'laxisme' des casuistes, condamné par Pascal, recouvre en fait une attitude cohérente avec la vie de l'esprit (et de l'Esprit). Quant au rigorisme pascalien, il illustre les impasses d'une lecture rigide du message chrétien. Et le trahit sans doute par là même. Pascal est ensuite confronté à un génie de la casuistique : Baltasar Gracián. Les maximes de ce jésuite sont fondées sur le discernement des choix à faire en fidélité à ses raisons de vivre. Pour conclure, l'auteur montre, par de nombreux exemples, combien cette attitude réaliste peut aider à mieux appréhender notre actualité sociale et politique.

  • L'intransigeance en morale, en politique ou en religion a une longue histoire mais, de nos jours, elle trouve des accents nouveaux.
    En dépit de tous les clichés sur l'actuel relativisme, elle ne manque pas d'imprimer sa marque, notamment dans l'Eglise catholique. Pourquoi en est-il ainsi ? Comment expliquer la mauvaise réputation de l'idée de compromis alors que toute vie humaine est une négociation permanente avec principes, normes et valeurs ? Telles sont les questions agitées dans ce livre, qui touchent tout à la fois aux domaines religieux, politique et culturel.
    Entre le relativisme total des valeurs et une intransigeance qui traduit souvent une fragilité, existe-t-il une voie possible ? Plus largement, Paul Valadier se livre à une critique de l'attitude intransigeante et à un plaidoyer pour un compromis bien compris, seul capable de faire droit à ce qu'il en est de l'homme et de ses relations, tant avec la nature qu'avec les autres.

  • Depuis plusieurs décennies, la réflexion du Père Valadier aborde sans crainte ni complexe les thèmes les plus variés pour mieux valoriser la pertinence du christianisme pour aujourd'hui. Philosophie, politique, morale, actualité, théologie de l'Eglise, spiritualité, mais aussi commentaires sur l'actualité et intérêt pour le domaine artistique,Il n'y a guère de champs que cet auteur n'ait exploité. Il suffit de consulter la vaste bibliographie de ses oeuvres publiées pour s'en rendre aisément compte.
    Dispersion, ecclectisme pourraient avancer certains ?
    Difficulté à privilégier une direction, diraient d'autres ?
    Non, plutôt un souci de comprendre le monde tel qu'il est et d'exercer à son égard une capacité de discernement acéré, autant de définitions qui conviennent mieux à sa recherche.

  • Pour beaucoup, la condition chrétienne est devenue indéchiffrable. Qui comprend encore ce qui peut distinguer un chrétien de tout homme bien né, soucieux de servir son prochain, de respecter les lois, de faire preuve de la tolérance la plus large, en un mot de vivre selon le bien ? L'être-chrétien semble comme dissous dans une culture et une éthique marquées par des références communes, à tel point que les différences s'estompent : tous semblables, tous enracinés sur un même tronc' Il se pourrait bien que ce tronc s'avère chrétien, mais plus d'un entend bien garder de fortes distances par rapport à cette origine.
    Ce livre tente de montrer que l'éthique chrétienne se caractérise par la liberté des ' enfants de Dieu ', vivant de l' ' Esprit ' du Christ. Les chrétiens sont ' du monde ', et Paul Valadier plaide vigoureusement pour qu'ils s'intéressent en tous domaines à la vie de la cité, pour qu'ils ne ' fuient ' pas le monde des hommes ni ne les méprisent (c'est une vieille tentation, très présente encore aujourd'hui chez les gens religieux, y compris non chrétiens). Mais avec la même liberté ils sachent pratiquer le recul, la distance, et parfois le refus, tant à l'égard des lois religieuses que des conformismes mondains.

  • L'exception humaine

    Paul Valadier

    • Cerf
    • 20 Octobre 2011

    Nous tenons généralement pour acquis et même évident que les êtres humains ont une supériorité sur les autres espèces et sur la nature en général. Ne sommes-nous pas appelés à « dominer la nature » et, par l'intelligence et l'esprit d'entreprise, à en tirer le meilleur pour le bénéfice de tous ? Or, cette exception humaine est aujourd'hui de plus en plus vivement contestée, surtout à l'égard des animaux, mais aussi par la mise en cause de la domination de la nature dont on mesure les effets catastrophiques pour notre avenir commun. Cette contestation n'est pas une question purement académique. Elle a des répercussions considérables sur le statut de l'homme et sur son rapport au monde. Ce livre prend la mesure des conséquences de ces critiques, mais veut surtout défendre la thèse d'une exception de l'humanité en développant une anthropologie de la vulnérabilité humaine qui, loin des rationalismes ambitieux, donne à l'espèce humaine sa juste place, admet sa fragilité et fonde aussi le respect qu'on lui doit.

    Il récuse tout autant le mythe d'une société prétendument « postmortelle » qui, en réalité, relève des mêmes illusions que les thèses sur la fin de l'exception humaine.

  • "Crise" des valeurs, "perte" des valeurs, "retour" de la morale.
    Sommes-nous irrémédiablement livrés au relativisme moral, au repli communautaire dans une société éclatée, à la fin de l'universel, ou bien, pour éviter le pire, doit-on prêter l'oreille aux appels à une restauration autoritaire de l'ordre ? Examinant la pertinence du concept de valeur et son apparition dans l'histoire de la philosophie, notamment au prix d'un certain effacement de l'idée ancienne du Bien, mesurant les chances qu'offre cette notion moderne et ses limites dans un monde où chaque communauté revendique la particularité de sa culture, Paul Valadier, jésuite, professeur de philosophie morale à Paris (centre Sèvres) et à Lyon (Université catholique), apporte une importante contribution au débat qui agite notre temps.
    /> Evoquer les valeurs dans la réflexion morale, c'est souligner l'engagement d'une liberté, mais aussi courir le risque de laisser penser à la toute-puissance d'un individu atomisé et source unique de la vie éthique. S'il n'est guère possible de se passer du concept de valeur pour penser la décision morale, Paul Valadier ne se prive pas pour autant d'en faire une analyse critique. Bien comprise, la morale des valeurs porte en elle la réconciliation par le haut de la morale du Bien et de celle marquée par le désir.

  • Elle a fait le tour du monde, l'image du jeune Chinois qui, avec la seule arme de son corps, tente d'arrêter une colonne de chars envoyée pour écraser la liberté naissante. Pour Paul Valadier, l'inconnu de Pékin symbolise la morale en ce qu'elle a de plus haut contre la négation de l'humain. On n'a guère l'habitude d'associer le risque à la morale, assimilée de nos jours au monde des certitudes et des affirmations autoritaires. Il faut pourtant parler du risque de la morale et de ce qu'il implique quand il est question d'éthique politique. Il ne s'agit pas d'un saut dans le vide, "sans filet" ou arbitraire, mais d'un choix raisonnable, fait selon des règles et des principes. Paul Valadier le montre amplement en prenant quatre exemples qui touchent au coeur la société actuelle : le terrorisme, la torture, l'information, la société pluriculturelle.

    Là, et pour d'autres problèmes encore, la tâche du moraliste consiste à suggérer qu'en toute circonstance "l'homme peut vouloir le bien et dire le vrai, que, se risquant à le faire, il découvre la beauté du geste". Et en ce sens, la morale est aussi un risque inévitable pour ceux qui ont le souci de l'homme.

  • A l'orée du troisième millénaire, la cause de la religion est loin d'être réglée. Certes, les religions ont remarquablement résisté aux annonces de disparition qui avaient inspiré des théories du XIXe siècle et justifié nombre de persécutions au cours du XXe. Mais les tentations, partout, du fondamentalisme ainsi que l'expansion du phénomène sectaire sont des symptômes de maladie plutôt que des signes de santé.

    La tendance est aux religiosités vagues, sans institutions, foncièrement individualistes, centrées sur la réalisation de soi, sur la guérison du mal-être psychique ou physique.

    Pour sa part, en cette fin de siècle, le christianisme se trouve souvent discrédité dans l'univers occidental. Dans l'Eglise catholique en particulier, les promesses de réforme intellectuelle et spirituelle du concile Vatican II, il y a trente ans, n'ont été que partiellement tenues.

    D'où peut venir l'espérance ? Pour Paul Valadier, il faut considérer les choses de manière plus distanciée pour entrevoir un avenir à la religion, en particulier à la religion chrétienne. D'un côté, tout donne à penser que s'ouvre une ère intellectuelle moins systématiquement hostile à la croyance religieuse. Une «revanche de Dieu» autant qu'un affaissement de la raison dans le nihilisme sont improbables ; au contraire, des ponts et des synergies inédits sont possibles entre foi et raison contre l'inhumanité qui guette. De l'autre côté, un christianisme qui conjuguerait avec rigueur culte à Dieu et service d'autrui trouverait sa véritable identité et apporterait une contribution éminente à l'humanité.

  • On en convient aujourd'hui : face au mensonge totalitaire, face à la violence d'Etat, la conscience (incarnée par les "dissidents") est vraiment, au principe de tout sens de la dignité humaine ; elle est cette petite chose de rien qui oblige à proclamer des vérités aussi élémentaires que "ceci est blanc, ceci est noir" (Adam Michnik).

    Mais qu'en est-il dans nos sociétés démocratiques, socialement très déstructurées : l'appel à la conscience n'est-il pas vain, voire ridicule ? Qu'en est-il après les critiques de la conscience par la philosophie et les sciences humaines : la conscience n'est-elle pas inévitablement celle de la "belle âme" impuissante, n'a-t-elle pas, avec la découverte de l'inconscient, perdu une bonne part de sa crédibilité ? Pour quiconque a encore une exigence morale, ne vaut-il mieux alors se fier à la majesté et à la solidité de la Loi et des lois, qui au moins représentent des références fiables ?

    Tout éloge de la conscience, pour ne pas être naïf, doit tenir compte de ces critiques et mesurer les conditions et les limites de son action. Paul Valadier fait ce parcours des objections avec rigueur. Mais, au terme, il peut écrire que "la conscience est et doit rester une référence fondamentale" : elle seule peut éviter le suivisme si redoutable, poser des actes de résistance, donner vitalité aux démocraties, sauvegarder la dignité des individus.

  • La cause est entendue : Dieu et César doivent être séparés. La phrase du Christ sur la séparation des pouvoirs fait aujourd'hui loi. Et pourtant, à y bien regarder, la sortie de la religion et la dépression du politique dans nos vieilles démocraties ne vont-elles pas de pair ? Si la prétention et la violence religieuses doivent être combattues, encore ne faut-il pas être aveugle sur la force positive du lien qui unit religion et politique, en particulier christianisme et politique. De cette idée peu avouable par les temps actuels, Paul Valadier démontre avec rigueur la cohérence et la nécessité à travers une relecture d'une part de la tradition philosophique, en particulier de la philosophie politique moderne, d'autre part de la théologie politique, avec les impasses intellectuelles qui, à partir de saint Augustin, ont freiné l'avènement de la " nouveauté chrétienne ". Cependant, dans les temps récents, on a trop oublié ou méprisé les dynamismes de celle-ci. La " bonne formule " du rapport entre religion et politique ne saurait se réduire au slogan de la laïcité française : " Chacun chez soi. " Il faudrait plutôt parier que les religions sont capables de mobiliser leurs énergies symboliques pour donner à entreprendre ensemble et à espérer en un avenir collectif à construire. Elles ne sont pas nécessairement un pouvoir rival ou " complémentaire " : à leur juste place, elles peuvent créer du lien social et porter un avenir que les démocraties oublient facilement au profit des sollicitations immédiates.

  • Nicolas Machiavel (1469-1527) a un triste privilège : son nom évoque une des pires façons de faire de la politique.
    En effet, son oeuvre justifierait les pratiques politiques les plus cyniques et les plus perverses. Mais ce Machiavel-là correspond-il au Machiavel de la réalité ? Les oeuvres de Machiavel - le célèbre Prince en particulier - confirment-elles le jugement infamant de l'histoire ? Rien n'est moins sûr. Paul Valadier, lecteur attentif des oeuvres du Florentin, voit surtout en lui, à l'orée des temps modernes, celui qui discernera la fragilité de tout pouvoir, la division des sociétés humaines, une division que nul dessein providentiel, nul fondement substantiel (Dieu, la nature.
    ) ne sauraient surmonter. Machiavel et le " machiavélisme " seraient à lire plutôt comme une mise en garde contre l'illusion de la " bonne " politique ou contre la surestimation du politique. Pour Machiavel, bien et mal sont inextricablement mêlés, rien n'est jamais définitivement assuré dans un monde toujours transitoire, violence et méchanceté sont des données non éliminables de l'histoire. Il faut certes fonder la cité sur une loi, mais sans imaginer avoir touché le terme.

  • Il faut lire Jacques Maritain, soutient avec passion Paul Valadier. Avec le choc des totalitarismes, la faiblesse voire la démission des démocraties et la proclamation toujours plus forte des droits de l'homme, les débats d'idées politiques ont été vifs au XXe siècle; Maritain en fut partie prenante. Mais étrangement, le philosophe chrétien est resté dans l'oubli. C'est pourtant l'un des rares à réfléchir à l'avenir de la cité en partant de l'inspiration évangélique, pour promouvoir une démocratie vivante. D'une plume acérée, Paul Valadier répare cette injustice et réhabilite la pensée de l'auteur d'Humanisme intégral. En ces temps incertains de cynisme et de crise du politique, Maritain peut offrir encore des pistes et des valeurs pour notre vivre ensemble.

  • Comment penser la morale, vivre bien ou mieux dans un monde bouleversé, où dominent les violences de tous ordres, où s'impose trop souvent un relativisme des valeurs ? Au-delà des menaces du terrorisme ou des intolérances, ne sommes-nous pas aussi affrontés aux risques d'une barbarie plus subtile ? C'est en fonction de cet état de fait que Paul Valadier réfléchit dans cette série d'articles déjà publiés. Ainsi, formuler une éthique marquée par la foi chrétienne dans un temps où les religions sont mises en question ne va pas de soi. Les monothéismes se voient souvent soupçonnés de violence. Le politique se trouve aussi fragilisé avec l'affrontement à la question du mal ou à la construction d'ensembles comme l'Europe. Comment ne pas voir là une forme moderne de tragique, appelant la morale à sortir de sa réserve oe

  • "D'un livre publié depuis plusieurs décennies, on peut se demander s'il demeure toujours actuel. Il est à l'évidence marqué dans son écriture par des publications de l'époque, il se situe dans des débats qui sans être clos (et comment le seraient-ils quand il s'agit du rapport du christianisme à l'un de ses critiques parmi les plus acerbes) se sont sans doute déplacés. L'urgence de l'explication avec Nietzsche de la part des chrétiens ne s'est pourtant pas démentie, tant il est vrai que le "marteau de la critique" tombe toujours si juste, "là où cela fait mal", tant aussi cette critique ne semble pas encore avoir été prise au sérieux par les théologiens qu'une telle confrontation concerne au premier chef; et que dire plus globalement des Églises tentées par les replis fondamentalistes et les affirmations identitaires, se murant ainsi loin des murmures et des attentes de l'époque?

    Non seulement l'urgence n'a pas cessé, mais avec le temps on s'aperçoit que le diagnostic nietzschéen concernant le nihilisme dominant a acquis une pertinence toujours plus vive et plus impressionnante. (...) L'écoute de Nietzsche sur ce point essentiel ne concerne à l'évidence pas que les croyants, mais elle devrait les accompagner sans cesse, tant les proclamations doctrinaires d'un côté et les illuminismes prétendument spirituels de l'autre peuvent compromettre et dégrader l'annonce d'une Bonne Nouvelle devenue caricaturale, ou audible seulement pour ceux que Nietzsche appelait cruellement des "malades" (devant la vie et la volonté créatrice). En ce sens, même si le débat pourrait trouver aujourd'hui de nouvelles bases et de nouvelles nécessités, celui qui a été amorcé jadis peut et doit encore être entendu et poursuivi".

  • Nos sociétés manquent de repères éthiques pour les grandes décisions qui concernent leur présent et leur avenir. Il s'ensuit de grands désordres pratiques : corruption politique et économique, désarroi des individus, laissés sans normes pour orienter leur vie. Sous l'absence de références communes s'installe sournoisement un nouvel ordre moral, mais de type libertaire. Il se manifeste à travers des décisions récentes du législateur en matière de m'urs, mais nombre de théoriciens se chargent aussi de lui donner des assises et des justifications intellectuelles. Ainsi, la référence à la dignité de la personne, qui fait l'unanimité chez nos contemporains, est devenue la référence légitimante du nouvel ordre moral libertaire. Pourtant, tout se passe comme si cette référence se retournait contre le respect des hommes concrets. C'est le cas quand tel moraliste déclare qu'il est des hommes, appartenant à l'espèce humaine donc, qui ne sont pas des personnes, et des animaux qui, quoique n'appartenant pas à l'espèce humaine, en sont... Ne faudrait-il pas dès lors abandonner une telle référence à cause de ses ambiguïtés ? Cet examen s'impose si l'on ne veut pas tout à fait désespérer de l'homme ni s'abandonner aux désordres de l'ordre libertaire. Car le véritable humanisme ne tient pas dans la défense naïve d'une supériorité illusoire de l'espèce, mais, à l'inverse, dans un sens avisé de sa faiblesse. Et si l'homme trouvait sa dignité dans son indignité même, sa valeur dans la possibilité très réelle où il est de se renier, sa grandeur dans sa fragilité ?

  • Un Journal de l'année ne se résume pas. On peut en souligner quelques aspects saillants :
    - comme genre littéraire, il s'inscrit plutôt dans la suite de Slama, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un Journal « sérieux », où l'actualité 2004 est l'occasion d'une réflexion politique, religieuse, sociale, philosophique, etc.
    - mais globalement, c'est un Journal très vif, polémique, qui attaque au vitriol un certain nombre de conformismes, d'idées reçues, de préjugés (d'où le titre retenu), de discours. De ce point de vue, à mon avis, c'est un des Journaux les plus « vinaigre » que nous ayons publiés...
    Paul Valadier est Jésuite, et il ne met pas son drapeau dans sa poche : la religion et l'Eglise sont donc présentes, sans excès mais réellement, tantôt sur le mode de leur défense, tantôt sur le mode de la critique (il lui arrive de ne pas mâcher ses mots contre tel ou tel ecclésiastique, telle ou telle tendance de l'Eglise).

  • Une conviction anime ces pages.
    Un sort commun lie la raison et la foi: le refus, de la part de la raison, de se mesurer à l'univers religieux risque bien d'aboutir à un affaissement de ses prétentions et à un repli sur le pré carré de l'immanence ; inversement une religion ou une foi qui n'est plus stimulée, remise en cause, interrogée par la raison s'abîme à son tour dans le fondamentalisme, le repli sectaire, elle glisse vers l'irrationnel, le subjectivisme ou l'intériorité acosmique et apolitique.
    Et malheureusement de nos jours on pourrait certainement poser un diagnostic fondé concernant un affaissement réciproque des deux vieux adversaires : une raison dévorée du dedans par le nihilisme et impuissante à faire face, et une foi abîmée de l'intérieur par l'irrationnel et le fondamentalisme, par le dogmatisme et le repli sectaire.

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