Littérature
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«Je suis la véritable trace, le plus solide des indices attestant de tout ce que nous avons vécu en dix ans en Algérie. Je cache l'histoire d'une guerre entière, inscrite sur ma peau depuis que je suis enfant.» Aube est une jeune Algérienne qui doit se souvenir de la guerre d'indépendance, qu'elle n'a pas vécue, et oublier la guerre civile des années 1990, qu'elle a elle-même traversée. Sa tragédie est marquée sur son corps : une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. Muette, elle rêve de retrouver sa voix. Son histoire, elle ne peut la raconter qu'à la fille qu'elle porte dans son ventre. Mais a-t-elle le droit de garder cette enfant ? Peut-on donner la vie quand on vous l'a presque arrachée ? Dans un pays qui a voté des lois pour punir quiconque évoque la guerre civile, Aube décide de se rendre dans son village natal, où tout a débuté, et où les morts lui répondront peut-être.
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«Un certain goût pour la paresse s'installe chez le meurtrier impuni. Mais quelque chose d'irréparable aussi : le crime compromet pour toujours l'amour et la possibilité d'aimer. J'ai tué et, depuis, la vie n'est plus sacrée à mes yeux. Dès lors, le corps de chaque femme que j'ai rencontrée perdait très vite sa sensualité, sa possibilité de m'offrir l'illusion de l'absolu. À chaque élan du désir, je savais que le vivant ne reposait sur rien de dur. Je pouvais le supprimer avec une telle facilité que je ne pouvais l'adorer - ç'aurait été me leurrer. J'avais refroidi tous les corps de l'humanité en en tuant un seul. D'ailleurs, mon cher ami, le seul verset du Coran qui résonne en moi est bien celui-ci : "Si vous tuez une seule âme, c'est comme si vous aviez tué l'humanité entière."»
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«Pourquoi j'écris ? Parce que je témoigne, je suis le gardien, je fais reculer la mort des miens car ils sont essentiels et dignes d'éternité. Dieu écrit, moi aussi.» Orphelin de mère, rejeté par son père et haï par ses demi-frères, le chétif Zabor s'est réfugié dans les livres dès l'enfance. Très tôt, il s'est découvert un don insoupçonné : celui de prolonger la vie des autres en écrivant. Mais un jour, Zabor est appelé au chevet de son père mourant. Tiraillé entre l'amour et la vengeance, parviendra-t-il à sauver la vie de l'homme qui l'a abandonné ?
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« Je me retrouve éclaireur et héritier. Trahir les trahisons, c'est l'attribut du traître. » Kamel Daoud Suis-je donc un traître ? Peut-être que oui, mais je m'en console en feuilletant les livres d'histoire : tous les héros ont trahi l'immobilité. Tous les prophètes devaient trahir leur époque et un désert jaloux. Dans la nuit, tous les éclaireurs se voient obligés de trahir la lenteur des leurs. Tous les hommes ont dû trahir la peur. Tous les fleuves trahissent leurs sources pour aboutir à la mer. Tous les nids sont des fers aux pieds, si l'on n'y associe pas le premier pas dans le vide, si l'on n'ose pas s'y jeter et remuer des ailes ignorées. K. D.
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Invité à passer une nuit dans le musée Picasso, alors qu'y était présentée l'exposition «Picasso 1932, année érotique», Kamel Daoud en a tiré un récit dans lequel il confronte les représentations que peuvent avoir du corps, du désir, de la nudité, de l'amour, du plaisir ou de la liberté, un artiste et un djihadiste. L'art peut-il guérir un homme de la violence, lui redonner le désir du monde ?
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La préface du nègre ; le Minotaure 504 et autres nouvelles
Kamel Daoud
- Actes Sud
- Babel
- 18 Février 2015
- 9782330039462
Un chauffeur de taxi profite de la disponibilité forcée de son passager pour lui confier sa détestation d'Alger au long d'une logorrhée hallucinée. Un militaire expose à la Foire internationale un prototype d'avion qu'il a conçu seul ou presque dans le désert, oeuvre de toute une vie, mais auquel les habitants de la capitale ne s'intéressent pas. Un marathonien à bout de souffle court sans fin, laissant divaguer ses pensées, dans le stade des Jeux olympiques d'Athènes. Un écrivain embauché pour faire un travail de nègre se rebelle et outrepasse son rôle. Un Arabe imaginaire s'identifie au sauvage, au nègre, à Vendredi, cherchant dans ces figures inventées par l'Occidental/le Blanc la place censée être la sienne.
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Nous avons été tellement écrasés que le jour où nous nous sommes levés notre échine est restée courbée. Peut-être aussi que nous sommes allés si loin dans l'héroïsme en combattant les envahisseurs que nous sommes tombés dans l'ennui et la banalité. Peut-être aussi que nous sommes convaincus que tous les héros sont morts et que ceux qui ont survécu n'ont pu y arriver que parce qu'ils se sont cachés ou ont trahi. Je ne sais pas, mais je sais tout le reste : aucun Algérien ne peut en admirer un autre sans se sentir le dindon d'une farce. Oui, mais voilà :
Laquelle ? K. D. Un chauffeur de taxi, dans un hallucinant soliloque, met en garde ses passagers contre Alger. Un militaire fou d'aviation attend en vain que quelqu'un, à la foire internationale où il l'expose, s'intéresse au prototype qu'il a quasiment construit de ses mains. Un marathonien court sans fin dans le stade des Jeux olympiques d'Athènes. Un écrivain fantôme outrepasse son rôle.
Perdus dans le labyrinthe de leurs obsessions, ces héros abandonnés poursuivent inlassablement leur quête. Dans un pays qui leur échappe, leurs cheminements erratiques sonnent pourtant comme autant de promesses de révolte. -
Ce recueil se veut un hommage à ces professeurs, ces « éveilleurs » sans lesquels, nous ne serions pas devenus ce que nous sommes. A travers des histoires personnelles, c'est toute une profession qui est célébrée par ces 20 personnalités qui, par le roman, l'enseignement, le journalisme, les ouvrages d'histoire, le métier de libraire sont aussi des « éveilleurs ».
Mohammed Aïssaoui, Claude Aziza, Françoise Bourdon, Michel Bussi, Laure Buisson, Kamel Daoud, Marie-Laure Delorme, Franz-Olivier Giesbert, Marie-Rose Guarniéri, Christian Laborie, Sébastien Lapaque, Susie Morgenstern, Martine Marie Muller, Anthony Palou, Josyane Savigneau, Jean-Guy Soumy, Yves Viollier, Michel Winock, Sylvie Yvert Pour chaque livre vendu il sera reversé 3 euros à la Fondation pour l'égalité des chances, dont le président d'honneur est Edgar Morin : «Enseigner la compréhension entre les personnes comme condition nécessaire de la solidarité de l'humanité.» Les vingt auteurs :
Mohammed Aïssaoui, écrivain et journaliste supplément littéraire du Figaro ;
Claude Aziza, auteur de dictionnaires et d'anthologies ;
Françoise Bourdon, romancière ;
Laure Buisson, romancière et ancienne libraire ;
Michel Bussi , deuxième auteur le plus lu en France et ancien professeur d'université ;
Kamel Daoud, romancier, auteur de nouvelles, journaliste et chroniqueur ;
Marie-Laure Delorme, journaliste au Point ;
Franz-Olivier Giesbert, écrivain et éditorialiste au Point ;
Christian Laborie, romancier et ancien professeur d'histoire-géographie ;
Philippe Labro, écrivain, journaliste, cinéaste, homme de médias et auteur de chansons.
Sébastien Lapaque, nouvelliste, essayiste, romancier et critique pour Le Figaro littéraire.
Susie Morgenstern, auteure jeunesse et ancienne enseignante à l'université Sophia Antipolis aux Etats-Unis ;
Martine Marie Muller, romancière et professeur de lettres dans un lycée de la région parisienne.
Anthony Palou, chroniqueur au Figaro et romancier.
Josyane Savigneau, écrivaine et ancienne directrice de Le Monde des livres ;
Jean-Guy Soumy, romancier et ancien enseignant de mathématiques à l'Ecole normale de Guéret et à l'IUFM du Limousin ;
Yves Viollier, romancier, critique littéraire et ancien professeur de français.
Michel Winock, spécialiste de l'histoire politique et intellectuelle de la France aux XIXe et XXe siècles et professeur émérite des Universités à Sciences Po (Paris) ;
Sylvie Yvert, écrivaine et ancienne chargée de mission au Quai d'Orsay puis au ministère de l'Intérieur.
Jean d'Ormesson : normalien et agrégé de philisophie, élu en 1973 à l'Académie française, décédé en 2017.