• Le paradis des jours

    Yvan Mudry

    Beaucoup le reconnaissent désormais: nous sommes enlisés. Nos pieds collent à la terre, notre horizon est bouché, nous manquons d'air. Voilà pourquoi nous nous intéressons tant aux femmes et aux hommes qui sortent des sentiers battus. Voilà aussi pourquoi nous rêvons d'incursions dans des paradis où notre vie serait tissée d'heures inoubliables.
    De tels lieux, différents de ceux où se déroulent habituellement nos journées, existent-ils? impossible, répondent les grands noms de la culture, de la politique, de l'économie. Mais une part de nous refuse de les croire. Notre expérience ne nous enseigne-t-elle pas le contraire? Ne sommes-nous pas, parfois, tirés de notre quotidien et emmenés ailleurs? Ne nous retrouvons-nous pas, alors, sur des terres teintées de ciel, où "ça chante", parce que notre soif est enfin étanchée?
    Ce petit livre parle ainsi de "l'autre monde", auquel nos sociétés de croient plus. Il le fait en donnant la parole à des auteurs spirituels de premier plan et aux plus grands poètes contemporains. Les uns comme les autres n'hésitent pas à décrire un espace paradoxal, "émané de ce monde et pourtant plus intime". Rien de mieux que leurs témoignages pour nous conforter dans notre marche vers la patrie des coeurs.

  • Combien de personnes se plaignent de leur emploi !
    Pour les unes, la charge de travail est trop lourde et le salaire trop bas.
    Pour les autres, les relations entre collègues sont tendues ou les supérieurs ne reconnaissent pas la difficulté de la tâche.
    Qui n'a pas exprimé un jour sa lassitude d'une activité professionnelle insatisfaisante ?
    Qui n'a pas entendu un proche affirmer que ce qu'il faisait n'avait pas de sens ?
    Manifestement, si l'exercice d'une profession peut procurer de grandes joies, beaucoup d'entre nous éprouvent aujourdfhui un profond malaise, confirme par de nombreuses études.
    Trop souvent, le travail, qui constitue une dimension capitale et parfois exaltante de l'existence, fait souffrir.
    Toutes sortes de signes le montrent, en premier lieu des suicides.
    De multiples pathologies, épuisements, dépressions, troubles psychosomatiques, maladies cardio--]vasculaires prouvent que, dans de nombreux cas, l'emploi est source de mal-être.
    Ainsi, l'activité laborieuse, qui n'a jamais joue un rôle aussi important dans les vies ni suscité autant d'attentes, est-elle en crise, et les problèmes de santé n'en sont pas les seuls symptômes.
    La machine à fabriquer et à vendre s'est manifestement détraquée.
    Pourtant, dans la societé actuelle, il faut que chacun ait un engagement professionnel, car c'est la condition de toute vie réussie.
    Toute l'éducation doit poursuivre ce seul but :
    Fournir un passeport pour l'emploi.
    De fait, le travail occupe aujourdfhui une place centrale dans la vie.
    L'activite professionnelle modèle les journées.
    Et c'est parce que le travail est paré de mille vertus et est une source de satisfaction pour beaucoup de ceux qui occupent les emplois les plus en vue, que le mal-être passe largement inapercu.
    Il y a un ádeni de la souffrance dans le rapport au travailâ, affirment certains psychiatres.
    Et la frénésie d'action règne également en dehors du monde professionnel.
    Partout, dans tous les domaines, lfimperatif est dfagir.
    Même les enfants ont un agenda charge.
    Comment changer les choses ?
    Comment remodeler notre vision du monde ?
    Comment lutter contre la pénurie de temps ?
    Comment valoriser une certaine forme de passivité ?
    Telle est la passionnante réflexion menée par l'auteur.

  • Si la crise economique et financiere nfavait pas terni lfeclat de lfargent, le pape Francois, proche des pauvres, ne toucherait pas autant les coeurs et les esprits.
    Ainsi, jamais depuis des decennies lfheure nfa ete aussi propice a une reflexion sur les dangers de la richesse.
    Mais comment mener cette reflexion dans une societe qui ne prete que des vertus au veau dfor ?
    .
    En relisant les textes fondateurs et en prenant au serieux les critiques de lfabondance materielle et pecuniaire formulees sans interruption jusqufau XVIIIe siecle.
    Le savoir du passe permet de ne pas sfen laisser conter par les economistes de tous bords.
    Non, lfargent nfest pas toujours un gage de bien--]etre et de liberte, de paix et dfequite.
    Il a souvent des effets nocifs et corrupteurs.
    Cfest comme sfil poussait a franchir la ligne rouge.
    Cet enseignement, la crise a montre qufil restait pertinent aujourdfhui encore.
    Quand lfecouterons--] nous enfin ?

  • Qui n'en a pas fait l'expérience?? Qui n'a jamais connu ces états de grâce, où la vie ruisselle de partout?? De tels moments de pur bonheur se produisent parfois lors d'une rencontre, d'une longue marche, d'une lecture. Que se passe-t-il alors?? Quelque chose d'inattendu fait irruption, et le coeur s'emballe, parce qu'une soif inavouée de commu- nion est étanchée.

    Ce petit livre parle ainsi de joie, mieux, de plénitude. Il évoque ce qui assouvit le désir profond?: les largesses du quotidien, des plus petites sensations aux «?coups de foudre?», en passant par les événements qui infléchissent le cours de la vie. Tous les exemples cités le montrent?: la plus savoureuse des nourritures, celle qui enflamme, est donnée en cadeau comme la manne, et elle emmène ailleurs. Autant dire qu'elle a partie liée avec une figure absente, l'insaisissable qui s'offre sans s'offrir - Dieu pour le croyant. Et que, par conséquent, ni le travail ni l'argent ne sont des gages assurés de bonheur.

  • Beaucoup le pressentent : la vie spirituelle peut illuminer le quo- tidien. Mais comment s'engager résolument sur cette voie quand nous ne savons plus où poser le premier pas ? En revenant au b.a.- ba de l'expérience intérieure chrétienne. En étant plus attentifs à ce que nous vivons, ce qui nous permettra de le reconnaître : d'une part, nous ne nous sentons pas toujours « comme à la maison » dans nos vies et, d'autre part, nous souhaitons ardemment être heureux. Autant dire que nous sommes des exilés, des étrangers rêvant de Terre promise.
    Aujourd'hui, le discours ambiant prétend le contraire : l'homme, affirme-t-on, est un indigène, qui peut obtenir tout ce qu'il désire s'il ne ménage pas ses efforts. C'en est assez pour qu'une majo- rité de personnes ne sachent plus que l'aventure intérieure mène plus loin que toutes les routes goudronnées. Heureusement qu'il y a les témoignages des grands auteurs mystiques et des meilleurs poètes ! Ceux-ci prouvent que l'homme porte bien en lui une part d'ailleurs, et en même temps qu'il existe un chemin caché vers cet ailleurs. Un chemin vers le large, où on n'a plus les mêmes priorités et où on peut goûter à la joie que procurent les rencontres indicibles.
    L'auteur décrit l'aventure intérieure chrétienne d'une manière très originale. En utilisant des mots très simples, il brosse une série de portraits, des portraits d'« étrangers » regroupés en trois grandes familles. Les premiers présentent des étrangers qui se sentent mal dans leur peau, parce qu'ils souffrent de solitude ou sont déchirés intérieurement. Les seconds, des étrangers « empêchés », qui ne peuvent pas reconnaître qu'il leur manque quelque chose d'essen- tiel, parce qu'ils vivent dans une société qui ne fait pas de place à l'expérience spirituelle. Les troisièmes enfin, des étrangers heu- reux, qui cheminent sur la voie du dedans et reçoivent cadeau sur cadeau, parce qu'ils se tiennent au plus près des sources de la vie.
    L'ouvrage ne constitue pas seulement une initiation aux grands mystiques, des maîtres rhénans aux représentants de l'école française de spiritualité, en passant par les saints du Carmel, tous abondamment cités. Il montre aussi que des auteurs contempo- rains majeurs décrivent l'homme sous les traits d'un étranger, et sont parfois fascinés par l'expérience intérieure. Il constitue ainsi un vibrant plaidoyer pour la vie spirituelle dans le monde d'au- jourd'hui.

  • Violences et rivalités destructrices font partie du quotidien contemporain. Pourtant, jamais les savoirs n'ont été aussi développés et diffusés que dans les sociétés modernes : jamais on a tant expliqué, tant parlé. Existe-t-il un lien entre ces deux phénomènes apparemment contradictoires ? Oui, répond l'auteur. Car pour mettre au point ces savoirs, la recherche a relégué dans l'ombre de larges plans de la réalité. Elle a oublié que, pour être porteuses de paix, la pensée et la parole devaient se faire l'écho de l'expérience première : le face-à-face avec autrui. Quand l'intelligence ne sait plus que chacun a droit des égards, elle cesse d'être au service de la vie. Et la logique devient celle de la guerre.

  • Dans la grande phase de construction des sociétés modernes, la science et la technique, garantes d'un avenir meilleur, suffisaient à nourrir l'espoir.
    Mais dans une société d'abondance, où trouver cet " au-delà " permettant d'espérer encore ? Et quelles leçons tirer des tragédies qui ont accompagné la course à la nouveauté ? Pour alimenter la flamme, Yvan Mudry propose de rompre avec la culture dominante en cherchant, au-delà du progrès, un avenir dans l'écoute et l'attente, dans ce visage, là, en face de moi, en Dieu peut-être. Car par-delà les lois de la science, les marchés brutaux et les modes, c'est le singulier, doté d'un nom propre dévoilé comme un secret par l'ami, le poète ou le croyant, qui est le véritable port de l'espérance.

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